CÉAS de la Mayenne
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CÉASsement vôtre !

 

La démocratie « coopérative » laisse sceptique… (06/06/2017)

Une mission sénatoriale d’information a travaillé sur le thème : « Démocratie représentative, démocratie participative, démocratie paritaire – comment décider avec efficacité et légitimité en France en 2017 ». Présidée par Henri Cabanel (Socialiste et républicain) et avec comme rapporteur Philippe Bonnecarrère (Union des démocrates et indépendants – Union centriste), la commission formule dix propositions pour une démocratie « coopérative ». Ces propositions se veulent « concrètes, pragmatiques et efficaces », « le plus souvent à droit constant et sans bouleversement législatif ou institutionnel majeur ».

Nous partageons le constat : « La France de 2017 est un pays en partie bloqué, qui ne parvient plus aussi facilement qu’avant à faire des choix structurants, notamment en matière de réforme de son modèle social ou de construction d’infrastructures ». On pense tout naturellement à la loi Travail en 2016 ou à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Dès lors, les propositions de la mission sénatoriale visent à « permettre globalement une meilleure association des citoyens à la prise de décision publique », ou encore à « mener à bien des projets d’infrastructure concertés ». Trois propositions concernent plus spécifiquement la réforme du code du travail « en offrant une bonne articulation entre démocratie représentative et démocratie sociale ».

Les outils sont « participatifs, numériques comme non-numériques ». La mission évoque des consultations numériques, des panels de citoyens, un droit de pétition auprès des assemblées parlementaires, voire un « recours apaisé au référendum »…

Ne manquerait-il pas l’essentiel ? L’acceptation, par tous les citoyens, des décisions qui sont légitimement prises… Cela suppose que l’intérêt public puisse prévaloir sur ses intérêts personnels. La baguette magique n’existe pas : comment croire que les citoyens acquièrent tous, d’un seul coup, une conscience collective !

Encore et encore, assénons-le : aucun changement n’est à attendre sans un travail de fond qui relève de l’éducation populaire – tout en y associant les écoles car rien ne changera si les jeunes générations reproduisent les schémas de leurs aînés.

 

Gouvernement : les priorités ne sont pas universelles (29/05/2017)

Le Journal officiel du 25 mai 2017 publie les attributions des ministres du Gouvernement d’Édouard Philippe.

Nous avons cherché vainement l’Éducation populaire. Elle doit bien être quelque part ; c’est trop sérieux ! En tout cas, on ne la trouve pas facilement. Il serait quand même impensable, suicidaire, de ne pas avoir tiré des enseignements de la montée des extrémismes en France. Comment mieux y résister, sinon en se battant sur le terrain de l’Éducation populaire ?

Et la Vie associative ? Voilà son développement, avec la Jeunesse et l’Engagement civique, rattaché au ministère de l’Éducation nationale. Ce n’est pas réellement pour nous rassurer. Dans le parcours universitaire et professionnel du nouveau ministre, Jean-Michel Blanquer, on cherche des raisons de croire à l’intérêt qu’il porte aux associations.

Et le développement de l’Économie sociale et solidaire ? Ce secteur est rattaché au ministère de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, mais on le retrouve aussi dans celui d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Deux ministères pour un seul secteur : reconnaissance ou mise à l’écart ?

Ne tombons pas dans la critique gratuite, mais, tout de même, il y a lieu d’être inquiet et vigilant. Espérons que les ministres sachent s’entourer de conseillers à l’écoute, experts, compétents, convaincants.

 

Ouest-France : le camp du vainqueur ? (15/05/2017)

Dans l’éditorial de Ouest-France des 6 et 7 mai, François Régis Hutin, président du Comité éditorial, appelle sans équivoque à voter pour Emmanuel Macron, et dans celui du 8 mai, il condamne sans appel le Front national et indirectement Marine Le Pen : « L’inanité du programme du Front national est apparue de plus en plus nettement. Derrière cette façade, il n’y a que du vent, des incantations et des non-dits »

Ces deux éditoriaux contrastent avec la couverture journalistique du débat télévisé. À la une de Ouest-France du 4 mai, le quotidien évoque des « styles radicalement opposés » ; cependant, le quotidien met sur un même pied les deux candidats : « Invectives, attaques »« Des échanges à couteaux tirés »« Un dialogue insupportable sur la forme, plus bruyant qu’éclairant sur le fond », soutient Michel Urvoy dans un « commentaire ». Et selon Thierry Richard (page 5), « un débat musclé qui a viré au pugilat » ou, plus loin, « une bataille de chiffonniers »

Avons-nous vu le même débat ?

Il est tout de même surréaliste que les critiques les plus virulentes vis-à-vis de l’attitude de Marine Le Pen soient venues de militants, de cadres du Front national, sans oublier Jean-Marie Le Pen lui-même.

Certes, avec un peu de recul, Thierry Richard revient sur le débat dans l’édition de Ouest-France du 5 mai (page 5). Il concède que Marine Le Pen « s’est montrée confuse et hésitante dans ses explications, s’emmêlant dans ses fiches et des dossiers »… Elle « a été agressive de bout en bout »… Elle a contribué « à faire de ce débat d’une brutalité sans précédent un rendez-vous manqué »… Incorrigible, Thierry Richard conclut pourtant sur un débat d’idées qui « a tourné court » ; « un show télévisuel un peu pénible qui n’est sûrement pas de nature à réconcilier les Français avec la politique ». Mais la faute à qui ?

C’est vrai qu’en ces temps difficiles pour la presse écrite, il faut ménager son lectorat : rien qu’en Mayenne, ils sont tout de même plus de 43 000 à avoir voté « Marine Le Pen » au second tour.

 

Donald Trump : courage, énergie… ou calcul, folie ? (18/04/2017)

En riposte à l’attaque chimique qui a fait une centaine de morts le mardi 4 avril à Khan Cheikhoun (Syrie), Donald Trump a donné l’ordre, le jeudi 6 avril, d’utiliser 59 missiles Tomahawk pour détruire des installations militaires syriennes à Chayrat. Les frappes auraient fait six morts.

On voudrait nous faire croire que la vision des enfants tués à Khan Cheikhoun ont ému Donald Trump et l’ont fait réagir en justicier légitime.

Cela ne tient pas ! Les enfants sont victimes dans toutes les guerres et les États-Unis devraient être aveugles pour ne pas recourir quotidiennement à leurs missiles vengeurs.

Donald Trump a simplement voulu marquer un point en se montrant plus réactif, plus expéditif, que son prédécesseur. Le régime de Bachar al-Assad lui en a fourni le prétexte.

Alors que les Russes semblent avoir joué un jeu trouble dans l’élection présidentielle américaine, Donald Trump a voulu faire mine de se démarquer de Vladimir Poutine. Bien entendu, les Américains ont notamment informé les Russes de leurs frappes imminentes sur la base aérienne de Chayrat – lesquels ont dû avertir les Syriens. Comment expliquer, sinon, que 59 missiles Tomahawk font moins d’une dizaine de victimes ?

François Hollande et Angela Merkel ont surtout dit qu’utiliser des armes chimiques est inadmissible. Ils n’ont pas désapprouvé officiellement Donald Trump. En privé, on imagine ce qu’ils pensent du personnage ! Mais diplomatiquement, peut-on désapprouver les États-Unis, alliés dans le cadre de l’Otan ? Désavouer Donald Trump, ce serait renforcer le poids international de Vladimir Poutine. François Hollande et Angela Merkel étaient piégés.

Les candidats à l’élection présidentielle étaient plus libres. Dès lors, nombreux soulignent – et ils ont raison – que toute réaction doit être coordonnée sur le plan international et s’inscrire dans un mandat de l’ONU.

Dans cette affaire, et c’est un comble, la Chine appelle au calme, à la retenue, au dialogue. C’est vrai vis-à-vis de la Syrie, mais aussi de la Corée du Nord – autre terrain sur lequel Donald Trump joue avec le feu (nucléaire cette fois-ci).

Ce qui est encore plus grave dans ce contexte, c’est que l’élection d’un Donald Trump, dangereux président des États-Unis, à court terme, ne génère pas un cataclysme au sein de son pays. Au contraire, Donald Trump devient un héros ! Espérons que cela ne fasse pas perdre toute lucidité aux citoyens français !

 

Le CÉAS aurait des soucis à se faire si… (13/04/2017)

L’Union nationale des associations ADMR a pris une excellente initiative : interpeller les candidats à l’élection présidentielle sur les problématiques du secteur des services à la personne. Sept candidats ont répondu aux questions. Le Lien – le mensuel des associations ADMR n° 747 de mars 2017 publie leurs réponses complètes… tout en rappelant que l’ADMR est « un mouvement apolitique » qui « ne prend parti pour aucun programme ni aucun candidat ».

À deux questions, la réponse de la candidate Marine Le Pen (Front National) nous a fait froid dans le dos. À propos de l’économie sociale et solidaire et du bénévolat, la candidate souligne l’intérêt de l’action que l’ADMR conduit, mais ne peut s’empêcher de fustiger ces associations qui « ont confondu copinage et service, politicaillerie et bien commun ». Marine Le Pen s’engage à « mettre fin aux mauvaises pratiques ». Comment ? En mettant en avant « la reconnaissance du statut d’utilité publique ». Comme si le statut d’association reconnue d’utilité publique était une garantie contre des dérives ! Ne confondrait-elle pas utilité publique, utilité sociale, intérêt général ?

« Pour mettre fin à la gabegie et que les Français puissent savoir où va leur argent », Marine Le Pen se propose de « créer une base de données pour les associations ». Il suffisait d’y penser : ficher les associations ! Vous verrez ainsi, assure la candidate, « que les plus saines et les plus utiles [selon les critères de l’extrême droite ?] profiteront très largement de cette transparence car elles récupéreront les sommes parfois importantes dilapidées par d’autres structures associatives moins exemplaires [comme le CÉAS ?] ».

On voudrait des noms…

Morceaux choisis

  • Marine Le Pen envisage de rétablir progressivement le service militaire obligatoire et d’encourager le service civique volontaire chez les jeunes. Service militaire + service civique, cela fait peut-être beaucoup ! Pas sûr que tous les jeunes apprécient…
  • Les salaires sont bas dans le secteur de l’aide à domicile. C’est la faute, pour Marine Le Pen, à la main d’œuvre étrangère ! Il faut croire que les conventions collectives différencient les rémunérations selon la nationalité… Marine Le Pen voulait sans doute faire référence au travail clandestin. Bien entendu, par le travail non déclaré, les Français ne sont pas concernés – seulement les étrangers…

 

Au final, 70 parrainages d'élus mayennais
Benoît Hamon en décroche trois ! (20/03/2017)

Au 18 mars 2017, ce sont finalement soixante-dix élus mayennais (sur près de trois cents) qui ont adressé au Conseil constitutionnel leur « parrainage » pour un candidat à l’élection présidentielle. Le taux en Mayenne est plus faible qu’au niveau national.

Deux candidats à eux seuls se partagent près des trois quarts des parrainages 73 %) : Emmanuel Macron (27) et François Fillon (24). À la marge, François Asselineau en compte cinq ; Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon trois ; Alexandre Jardin et Jean Lassalle deux… Marine Le Pen n’a qu’un seul parrain en Mayenne avec le conseiller régional frontiste Bruno de la Morinière. Trois candidats n’ont aucun parrain en Mayenne : Nathalie Arthaud, Nicolas Dupont-Aignan et Philippe Poutou. Quelques personnalités locales n’ont parrainé aucun candidat : la sénatrice Élisabeth Doineau ; Philippe Henry, conseiller régional et maire de Château-Gontier ; Joël Balandraud, conseiller départemental et maire d’Évron…

Emmanuel Macron (27) : Jean-Marc Allain (Gorron) ; Michel Angot (Mayenne) ; Géraldine Bannier (Courbeveille) ; Maurice Boisseau (Saint-Baudelle) ; Frédéric Bordelet (Moulay) ; Jean-Marc Bouhours (L’Huisserie) ; Jean Brault (La Chapelle-Anthenaise) ; Patricia Bresteaux (Ménil) ; Christian Briand (conseiller départemental) ; Dominique Coueffé (Cosmes) ; Laurence Deschamps (Châtelain) ; Françoise Duchemin (Chantrigné) ; Valérie Hayer (conseillère départementale) ; Michel Hervé (conseiller départemental) ; Christophe Langouët (Cossé-le-Vivien) ; Christian Lefort (Argentré) ; Daniel Lenoir (Villaines-la-Juhel) ; Jean-Luc Messague (Saint-Léger-en-Charnie) ; Hubert Moll (Saint-Fraimbault-de-Prières) ; Béatrice Mottier (conseillère départementale) ; Denis Mouchel (Changé) ; Jean-Paul Pichonnier (Averton) ; Franco Quargnul (Ballots) ; Michel Rocherulle (Soulgé-sur-Ouette) ; Solange Schlegel (Blandouet-Saint-Jean) ; Pierrick Tranchevent (Jublains) ; Antoine Valpremit (Sacé).

François Fillon (24) : Magali d’Argentré (conseillère départementale) ; Marcel Barbé (Saint-Loup-du-Gast) ; Yannick Borde (Saint-Berthevin) ; Norbert Bouvet (conseiller départemental) ; Daniel Chesneau (Neuilly-le-Vendin) ; Guillaume Chevrollier (député) ; François Delatouche (Saint-Pierre-sur-Erve) ; Florence Desillière (conseillère régionale) ; Alain Dilis (Saint-Germain-de-Coulamer) ; Gérard Dujarrier (conseiller départemental) ; Yannick Favennec (député) ; Pascal Gangnat (Beaumont-Pied-de-Bœuf) ; Roger Guédon (Saint-Denis-d’Anjou) ; Henri Guilmeau (Saint-Calais-du-Désert) ; Gérard Lemonnier (Juvigné) ; Marie-Cécile Morice (conseillère départementale) ; Daniel Pinto (Bouessay) ; Loïc de Poix (Crennes-sur-Fraubée) ; Olivier Richefou (conseiller départemental) ; André Rocton (Le Ribay) ; Samia Soultani-Vigneron (conseillère régionale) ; Claude Tarlevé (conseiller départemental) ; Émile Tatin (Vimarcé) ; François Zocchetto (sénateur).

François Asselineau (5) : Bernard Blanchard (Madré) ; Olivier Barre (Saint-Jean-sur-Mayenne) ; Marie-Claude Helbert (Ruillé-Froid-Fonds) ; Éric Neveu (Hardanges) ; Michel Peccatte (Thubœuf).

Benoît Hamon (3) : Guillaume Garot (député) ; Fabienne Germerie (conseillère départementale) ; Marie-Noëlle Tribondeau (Bierné).

Jean-Luc Mélenchon (3) : Christophe Carrel (Montflours) ; Monique Doumeau (Longuefuye) ; Claude Garnier (Brée).

Alexandre Jardin (2) : Jean-Luc Lecourt (Saint-Cyr-en-Pail) ; Éric Transon (Saint-Germain-d’Anxure).

Jean Lassalle (2) : Marc Bourges (Izé) ; Ludovic Pennel (Le Buret).

Jacques Cheminade (1) : Jean-Pierre Chouzy (Belgeard).

Henri Guaino (1) : Raymond Lelièvre (Lignières-Orgères).

Marine Le Pen (1) : Bruno de la Morinière (conseiller régional).

Didier Tauzin (1) : Jean-François Lassalle (Grez-en-Bouère).

 

Département de la Mayenne au 1er janvier 2014
Les paris sont ouverts : plus ou moins d’habitants ? (21/12/2016)

Dans quelques jours, pour toutes les communes de France, et donc pour les départements, l’Insee diffusera les nouvelles populations légales, cette fois-ci au 1er janvier 2014.

L’enjeu est important pour la Mayenne. Sur l’année 2012, la population n’a augmenté que de 47 habitants. Si la tendance se poursuit, la Mayenne aura perdu de la population. Ce qui peut « sauver » la Mayenne, c’est un solde naturel (naissances / décès) plus favorable en 2013 qu’il ne l’avait été en 2012 (880 en 2012 et 926 en 2013, soit + 46).

Ce qui peut également « sauver » la Mayenne, c’est un solde migratoire (sorties du département / entrées) moins défavorables, mais là c’est la grande inconnue. On sait seulement que le solde migratoire en Mayenne est négatif depuis 2010.

Le solde naturel (qui sera nécessairement positif) sera-t-il suffisant pour couvrir un solde migratoire dont on ignore tout pour le moment ?

Finalement, que la population mayennaise augmente ou diminue, la question ne doit pas être si importante puisque le Plan stratégique 2016-2021 du Conseil départemental ne fixe aucun objectif en termes de population. La panorama des enjeux et défis va jusqu’à arrondir la population du département à 310 000 habitants… alors que la population est seulement de 307 500 habitants au 1er janvier 2013. (Re)verra-t-on un jour 310 000 habitants en Mayenne ?

 

Le Comité international olympique, la Russie, le dopage…
Pour vous faire vraiment détester le sport ! (30/08/2016)

La question n’est pas de savoir si tous les sportifs russes de haut niveau se dopaient. Ce qui est consternant, c’est que l’État russe a organisé le dopage des sportifs de haut niveau, en allant jusqu’à recourir à ses services secrets, comme l’a démontré le rapport de Richard McLaren, membre de la Commission indépendante de l’Agence mondiale antidopage. D’où la formule que l’on retrouve un peu partout dans les médias : un « dopage d’État en Russie ».

Le Comité international paralympique a exclu tous les sportifs russes des Jeux paralympiques organisés à Rio de Janeiro en septembre 2016. Le Comité international paralympique est indépendant du Comité international olympique, organisateur des Jeux olympiques d’août 2016, lequel n’a pas eu le même courage et a renvoyé la décision de participation ou non des sportifs russes, à chaque fédération sportive internationale, se réservant néanmoins la possibilité d’invalider leur décision.

Les modalités du dopage organisé en Russie sont notamment connues grâce au témoignage d’une athlète russe de haut niveau, spécialiste du 800 m, Ioulia Stepanova, et de son mari, Vitaly Stepanov, ancien contrôleur de l’agence russe antidopage (Rusada). Pour leur sécurité, ils vivent cachés, quelque part aux États-Unis.

Compte tenu du service que le couple a rendu pour un sport propre, la Fédération internationale d’athlétisme a donné son accord pour que Ioulia Stepanova dispute le 800 m aux Jeux olympiques, mais le Comité international olympique s’y est opposé. Concrètement, celui-ci avertit les sportifs : « Si vous dénoncez des pratiques de dopage, attendez-vous à des sanctions sportives. Dopez-vous si vous voulez, ne vous faîtes pas prendre et, surtout, taisez-vous ! » Grand prince, le Comité international olympique a invité les époux Stepanov à Rio de Janeiro, tous frais payés, pour venir regarder l’athlétisme depuis les gradins. Ils ont refusé…

Il est de notoriété publique que le président du Comité international olympique, l’Allemand Thomas Bach, est proche de Vladimir Poutine. Bien entendu, cela n’a rien à voir avec la décision du Comité international olympique vis-à-vis de Ioulia Stepanova – que Vladimir Poutine a qualifiée de « judas ». Elle n’a pas pu participer aux Jeux olympiques : sa contribution de « lanceur d’alerte » ne l’a pas exonérée de sa suspension de deux ans (2013-2015). Pourtant, bien d’autres athlètes, précédemment suspendus pour dopage, ont participé aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro. La presse a principalement cité le cas du sprinter américain Justin Gatlin, vice-champion olympique sur 100 m en 2016, mais suspendu de 2006 à 2010.

Cette affaire jette le discrédit sur le sport russe, mais aussi sur le Comité international olympique. Nous lisons dans Ouest-France du 9 août 2016 que la sabreuse française Manon Brunet a perdu en demi-finale « après un combat douteux ». Le quotidien ajoute que « le camp tricolore masque à peine ses doutes sur la probité du juge ». C’est vrai que l’arbitre sénégalais refuse une touche à la Française pour la victoire et une place en finale : « Il est allé voir le ralenti, a changé sa décision, et personne n’a compris »… Au fait, de quelle nationalité l’adversaire de Manon Brunet était-elle ? Russe… Nécessairement une coïncidence ! Quand même, on finirait « parano » et on se mettrait à douter de tout.

NDLR. Nous adressons nos sincères condoléances aux familles de Viatcheslav Sinev, ancien directeur de la Rusada (2008-2010), « mort de manière suspecte » (Le Monde du 17 août 2016), et de Nikita Kamaïev, ancien directeur exécutif (2011-2015) qui, à 52 ans, a succombé à une crise cardiaque en revenant d’une balade à ski de fond. Tous les deux sont décédés durant la première quinzaine de 2016. Nikita Kamaïev projetait d’écrire un livre pour raconter ce qu’il savait. Ce n’était pas forcément très raisonnable…

 

La politique, c’est aussi de la psychologie sociale
La question du « référendum » était techniquement irréprochable… (06/08/2016)

Il n’appartient pas au CÉAS de prendre position pour ou contre le transfert de l’aéroport Nantes-Atlantique. Par contre, il est dans son rôle quand il analyse, même si c’est après la consultation locale, le contenu de la question posée aux citoyens de la Loire-Atlantique : « Êtes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? »

Le « oui » l’a emporté avec 55 % des votes exprimés. L’écart oui / non est plus que significatif. Peut-être la formulation même de la question y a-t-elle contribué si on veut bien considérer que les concepteurs de la question avaient à défendre le « oui » ?

Ressortons notre manuel : Le questionnaire dans l’enquête psycho-sociale, de Roger Mucchielli (Paris : éd. ESF – Entreprise moderne d’édition / Librairies techniques, 1985, 8e édition). L’auteur évoque notamment l’attraction de la réponse positive. C’est une tendance, « très connue en psychologie sociale », à l’acquiescement.

Roger Mucchielli mentionne également les réponses de suggestion dues à la formulation même de la question. De fait, telle qu’elle est posée (« Êtes-vous favorable au projet »…), la question de la consultation locale est « tendancieuse ». Elle est tout sauf neutre puisque, d’emblée, elle incite inconsciemment à être favorable. S’il ne s’agissait pas d’une consultation locale par oui / non, il aurait été plus rigoureux de poser la question ainsi : « Concernant le projet de transfert (…), y êtes-vous : - Très favorable ; - Plutôt favorable ; - Peu favorable ; - Pas du tout favorable ; - Sans avis »

Roger Mucchielli, enfin, conseille d’éviter les mots qui, « affectivement chargés ou socialement non désirables, provoquent par eux-mêmes des réactions de défense et de fuite ». Des mots peuvent ainsi faire peur et entraîner la réponse « non ». Les concepteurs de la question de la consultation locale ont bien appris leurs leçons de psychologie sociale : apprécions comme il se doit le ton très banal de la formulation… Il s’agit d’un « projet de transfert »… Pas de quoi affoler les foules !

 

Résister : éviter de tomber dans le piège tendu à tous les Français (28/07/2016)

Dans Le Monde du 28 juillet 2016, Jérôme Fenoglio, directeur du quotidien, décode la stratégie de la mouvance islamiste et en dégage des enseignements pour permettre aux Français de continuer à vivre en démocratie. Il s’agit bien, effectivement, d’éviter à tout prix l’aveuglement qui amènerait les Français à s’entredéchirer.

1) Quel que soit le terroriste, l’instigateur des actes de barbarie est toujours cette organisation dite « État islamique », « métastase d’Al-Qaïda », comme la définit Jérôme Fenoglio. La spécialité de l’organisation : le lessivage de cerveau à la propagande djihadiste.

2) La France est ciblée, selon le directeur du Monde, parce qu’elle comprend l’une des plus importantes communautés musulmanes d’Europe : « L’objectif des djihadistes, écrit-il, est de provoquer des actions de représailles sauvages qui installeront chez nous une manière de guerre civile religieuse ». Le but visé : en finir avec ce pays « où des religions coexistent pacifiquement dans le cadre ancien, et tolérant, que nous appelons laïcité ». Ne pas céder à la tentation de la vengeance, c’est la meilleure des résistances ; c’est une « première défaite infligée à l’ennemi ».

3) Jérôme Fenoglio en appelle au sens des responsabilités, en particulier chez les dirigeants des partis d’opposition : « Ceux-ci ne peuvent pas laisser entendre n’importe quoi et, notamment, qu’en prenant telle ou telle mesure miracle une autre majorité politique arrêterait net la guerre que nous mènent les djihadistes ». Jérôme Fenoglio avertit ces responsables politiques : une telle attitude « relèverait du mensonge et de l’exploitation électorale d’une situation tragique ».

4) Le directeur du Monde, enfin, rappelle le lourd tribut payé à travers le monde par les musulmans, femmes, hommes, enfants, qui sont les premières victimes du totalitarisme islamiste. Dans ses racines, se trouvent entre autres les divisions internes de l’islam et l’effondrement de la Syrie et de l’Irak. La solution au terrorisme islamiste implique nécessairement la recomposition de ces deux États « dans le respect de la diversité ethnique et religieuse de leurs populations ».

5) En France, soutient Jérôme Fenoglio, la solution ne peut pas relever uniquement des forces armées ou de maintien de l’ordre, des services de renseignement et du personnel politique. Les réseaux sociaux sont le principal vecteur de la haine djihadiste. Dès lors, sans une prise de conscience des entreprises contrôlant les réseaux sociaux, nouveaux médias de masse, il sera de plus en plus malaisé de résister aux effets de la stratégie de haine. Rumeurs et « complotisme » sont placés sur le même plan que des informations fiables et vérifiées. Comment des esprits fragilisés ne peuvent-ils pas perdre toute lucidité critique sous les coups répétés d’un discours usant de toutes les astuces de la manipulation mentale ?

 

 Du Brexit à l'Euro : sortie de terrain pour l'Angleterre (08/07/2016)

Il s’est trouvé certains esprits mal intentionnés et quelque peu perfides pour déceler dans la défaite surprenante des footballeurs anglais face à l’Islande la juste et « divine » sanction de l’aspiration majoritaire du Royaume-Uni à jouer en touche au sein de l’Union européenne.

Plus sérieusement, on doit analyser le résultat du référendum sur le Brexit pour ce qu’il est, à savoir l’expression populaire d’une volonté de sécession, lourde de conséquences internationales et aussi nationales.

1. Sur la forme : le spectacle affligeant d’une classe politique irresponsable

Avant toute considération sur la dimension géopolitique du vote britannique, on n’aura pas manqué de constater – sans vouloir donner des leçons de morale politique à nos voisins d’outre-Manche – la gigantesque opération de détournement sur laquelle s’est appuyée la consultation.

On a bel et bien assisté, en effet, à une véritable partie de poker menteur, instrumentalisée à des fins de politique interne, sur fond de recadrage d’un leadership national, et sanctionnée par un vote laissant chaque camp désemparé par l’ampleur de la déflagration.

En premier lieu, la division du parti conservateur s’est artificiellement cristallisée sur la base d’un revirement opportuniste des convictions précédemment affichées par telle ou telle personnalité : d’un côté, le bouillant Boris Johnson qui, lorsqu’il était maire de Londres, témoignait d’une sensibilité europhile de bon aloi, en concordance avec le vote final de l’écrasante majorité des Londoniens partisans du « Remain » ; de l’autre, l’actuel Premier ministre, David Cameron, qui ne faisait pas mystère de son euroscepticisme avant de céder, en héraut inattendu des partisans de l’Union, à la surenchère démagogique d’une promesse de référendum, destinée en fait à conforter sa qualité de locataire du 10, Downing Street.

Quant à Jeremy Corbin, le peu charismatique leader du Labour, englué dans le dogme marxiste (et suranné) d’une vision de l’Europe assimilée à l’hydre capitaliste dévorant les masses laborieuses, la tiédeur de sa campagne est en grande partie responsable de la victoire du « Leave ».

Dans un tel contexte, force est de créditer Nigel Farage, leader de l’UKIP (Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni) d’une réelle constance dans l’expression de son antieuropéanisme agressif, allant jusqu’à reconnaître rétrospectivement et non sans cynisme le gros mensonge sur le montant réel des contributions versées à l’Europe, étalé et véhiculé sur les bus rouges emblématiques (véritables icônes de la « british way of life ») qui ont sillonné la campagne…

Au final, les cartes ont été battues et rebattues dans la plus grande confusion pour aboutir, après quelques tours de passe-passe, à un score qui inspire à chacun une mauvaise conscience bien puérile, à l’image d’un enfant surpris les doigts collés dans le pot de confiture ! En témoigne, notamment, la pathétique incapacité des vainqueurs à assumer les conséquences de leur victoire.

Sur le plan de la cohérence, le bilan de ces (im)postures est consternant : une fois encore, se trouve gravement écornée la crédibilité du débat politique, pour l’ensemble des citoyens abusés par une telle mascarade.

2. Sur le fond : la faillite (momentanée ?) de l’idéal européen

Depuis la publication des résultats, plusieurs voix se sont fait entendre en France et à l’étranger pour tenter de positiver  la secousse provoquée par cet électrochoc.

Oui, l’irruption de la volonté séparatiste du Royaume-Uni peut devenir l’occasion propice d’un rebondissement salutaire en vue d’une (re)définition de l’idée européenne autour d’un projet réactualisé. C’est notamment l’analyse de Jean Arthuis, député européen (« Le Brexit, une chance à saisir », Ouest-France du 28 juin 2016), rejoint par son ex-collègue de Strasbourg, Dany Cohn-Bendit.

Certes, depuis son entrée dans l’Europe, le Royaume-Uni était resté un partenaire atypique et indiscipliné, acceptant de rentrer dans une zone de libre-échange tout en s’affranchissant d’une appartenance à la zone de la monnaie unique ou à l’espace Schengen.

Sans doute, aussi, faut-il voir dans le Brexit la résurgence de l’irréductible insularité du peuple britannique, autrefois stigmatisée par le général de Gaulle, hostile à son adhésion.

Et à cet égard, on doit soutenir sans faille la position du Président Hollande, réclamant une clarification rapide du processus de séparation, seul moyen d’éviter la tentation du Royaume-Uni de « filer à l’anglaise ! » en recourant à des tractations destinées à ménager la « chèvre » (gourmande) et le « chou » (appétissant) : la construction de l’Europe mérite mieux que ces éventuels petits arrangements entre ex-amis…

Il y a donc place pour un débat de fond permettant de remettre à plat les fondamentaux mis en avant par les pères fondateurs de l’Union européenne, les premières motivations économiques s’enrichissant désormais d’autres urgences du temps présent : régulation des flux migratoires, lutte contre le terrorisme,  protection de l’environnement…

Pour contrecarrer l’appel d’air et le pouvoir de contagion que représente le vote du Brexit par rapport aux populismes de toutes sortes, l’Europe doit cesser d’être lâchement désignée comme le bouc-émissaire permanent de nos dérèglements et dysfonctionnements nationaux : n’en déplaise à Marine Le Pen, ce n’est pas d’un autre référendum suicidaire sur l’Europe que la France et ses partenaires ont besoin mais bien d’un nouveau traité de refondation de l’Union.

3. La construction européenne comme utopie nécessaire et vitale pour l’avenir des peuples

Il faut en effet avoir le courage et la lucidité de reconnaître dans le vote britannique l’expression du rejet prioritaire d’une immigration perçue comme tentaculaire et déstabilisante : au FN comme à l’UKIP, c’est la même odeur rance et fétide d’une xénophobie rampante, se nourrissant du remugle de tous les égoïsmes nationaux et du chauvinisme cocardier, contre lesquels l’Europe reste le meilleur rempart.

Enfin, le gâchis le plus attristant produit par le séisme du Brexit est clairement illustré par l’analyse que l’on peut faire de la répartition des votes du 23 juin. La majorité triomphante se retrouve bien dans les couches les plus âgées de la population : le Brexit est un vote de vieux, frileusement cramponnés aux fantômes d’une vision passéiste, au moment où les jeunes générations affirment leur soif décomplexée de modernité, d’ouverture et d’échanges culturels.

La pratique communautaire comme modèle d’une citoyenneté vécue au quotidien

Pour terminer ce plaidoyer sur un rapprochement qui pourrait apparaître inopiné, qu’il me soit permis en tant qu’ancien élu de proximité de souligner l’évidente ressemblance de la problématique européenne avec le débat récurrent sur l’avenir des collectivités locales face au développement de l’intercommunalité.

À des niveaux bien différents, les objectifs restent les mêmes : définition de projets de territoire, adoption de politiques communes, mutualisation de moyens…

À Bruxelles comme dans toute communauté d’agglomération, les élus doivent dépasser les querelles de « clochers » pour construire les conditions d’un nouveau vivre-ensemble, à la hauteur des enjeux du monde multipolaire d’aujourd’hui.

 Le 30 juin 2016

Michel Ferron
Administrateur de la Maison de l’Europe en Mayenne

Administrateur du CÉAS de la Mayenne

 

« Loi Travail » : on ne la connaît pas, mais on a un avis (21/06/2016)

L’Ifop est devenu maître ès sondages sur le mouvement de mobilisation contre la loi Travail. Depuis mi-mai, l’institut a successivement vendu ses services à RTL (enquête les 19 et 20 mai), à nouveau RTL (23 au 25 mai), Sud-Radio (30 mai au 1er juin), Atlantico.fr (6 au 8 juin), Dimanche Ouest-France (14 au 17 juin).

La question posée, dans le sondage pour Dimanche Ouest-France, était la suivante : « Vous savez que depuis plusieurs semaines, de nombreuses manifestations et grèves (notamment dans les transports), et dernièrement des blocages de raffineries, ont lieu pour protester contre la réforme du code du travail de Myriam El Khomri. Personnellement, trouvez-vous ce mouvement tout à fait justifié, plutôt justifié, plutôt pas justifié ou pas du tout justifié ? » Les résultats permettent à Dimanche Ouest-France (19 juin 2016), parmi d’autres, de titrer : « 60 % des Français soutiennent la contestation ».

Difficile d’être plus démagogique ! Et si l’Ifop avait accepté de casser sa tirelire pour offrir une première question visant à savoir si les Français ont lu le projet de loi, s’ils en connaissent le contenu… Gageons que ceux qui auraient reconnu tout ignorer de ce projet de loi très technique, auraient été moins enclins, dans une seconde question, à soutenir la contestation…

En outre, quand on observe les résultats diffusés par l’Ifop, on se rend vite compte que les Français ont tous eu un avis sur la question posée. Il s’agissait d’une enquête en ligne où, manifestement, il fallait impérativement avoir un avis pour ne pas bloquer l’avancée du questionnaire auto-administré.

Quant à la formulation de la question même, difficile de faire plus long – tout en glissant quelques mots dont on sait qu’ils influenceront les résultats. Ainsi, il aurait été plus neutre de poser comme question : « Vous savez que depuis plusieurs semaines, des nombreuses manifestations et grèves (notamment dans les transports), et dernièrement des blocages de raffineries, ont lieu pour protester contre la réforme du code du travail de Myriam El Khomri (…) ». Le taux de soutien à la contestation, ainsi, aurait été moins élevé.

Difficile techniquement de faire en sorte que les manifestations et grèves fassent l’objet d’un réel rejet car, d’une façon générale, toutes perspectives de réformes, au moins dans les enquêtes par questionnaire, ont tendance à générer de l’inquiétude et suscitent difficilement l’adhésion.

On simplifie d'un côté... On complexifie de l'autre... C'est devenu très compliqué de fusionner (03/08/2015)

L’ordonnance n° 2015-904 du 23 juillet 2015 est censée simplifier la vie des dirigeants associatifs. C’est vrai qu’ils n’auront plus à tenir à jour ce registre spécial… dont bon nombre ignoraient qu’il pût exister ! Dans le même temps, le décret n° 2015-832 du 7 juillet 2015 apporte un cadre juridique aux restructurations entre associations (fusions, scissions, apports partiels d’actif). Ce décret complète la loi relative à l’économie sociale et solidaire du 31 juillet 2014.

Problème : la même règlementation s’applique quelle que soit la taille de l’association. Par exemple, d’une part pour deux clubs de football voisins, en milieu rural, qui n’ont aucun salarié ni aucun bien immobilier, et, d’autre part, deux associations gérant des établissements et services sociaux et médicosociaux pouvant employer des milliers de salariés et disposant d’un patrimoine immobilier à faire pâlir d’envie de nombreuses collectivités.

Voici donc à quoi doivent se préparer deux petits clubs de football qui souhaitent fusionner pour mettre en commun leurs effectifs sportifs…

1) Rédiger un projet de restructuration

Un projet de restructuration doit être établi et arrêté par les personnes chargées de l’administration des associations concernées, au moins deux mois avant les délibérations prises par les instances statutaires. Ce projet doit contenir :
- Le titre, l’objet, le siège social, une copie des statuts en vigueur et, le cas échéant, le dernier rapport annuel d’activités, de l’ensemble des associations concernées.
- Un extrait de la publication au Journal officiel de la déclaration des associations à la préfecture.
- Les motifs, buts et conditions de l’opération.
- Le cas échéant, le titre, l’objet, le siège social et les statuts envisagés de la nouvelle association résultant de la restructuration, ou les statuts modifiés des associations concernées.
- Le cas échéant, une copie des demandes tendant à la poursuite d’une autorisation administrative, d’un agrément, d’un conventionnement ou d’une habilitation.

- La désignation et l’évaluation de l’actif et du passif, ainsi que des engagements souscrits, dont la transmission aux associations bénéficiaires ou nouvelles est prévue, et les méthodes d’évaluation retenues.

L’ensemble de ce dossier est joint à la convocation statutaire en vue des délibérations des assemblées générales des associations concernées. La convocation mentionne, entre autres, les documents mis à disposition au siège social ou sur le site Internet des associations.

2) Publier un avis dans un journal habilité à recevoir des annonces légales

Pour annoncer le projet de restructuration, chacune des associations concernées – à ses propres frais – doit faire publier un avis dans un journal du département de son siège social, lequel journal est habilité à recevoir des annonces légales. L’avis contient les indications suivantes :
- Pour chaque association concernée, le titre, l’objet, le siège social, la date de déclaration à la préfecture, le département de parution de l’avis, et, le cas échéant, le numéro Siren.
- Le cas échéant, le titre, l’objet et le siège social envisagés pour la nouvelle association résultant de l’opération de restructuration.
- La date d’arrêté du projet et la date prévue pour la réunion des organes statutaires devant statuer sur l’opération.

- La désignation et l’évaluation de l’actif et du passif, ainsi que des engagements souscrits, dont la transmission aux associations bénéficiaires ou nouvelles est prévue.

La publication doit avoir lieu trente jours au moins avant la date de la première réunion des organes appelés à statuer sur l’opération.

3) Mettre des documents à la disposition des membres adhérents

Enfin, trente jours au moins avant la date des délibérations sur le projet et au plus tard le jour de la publication de l’avis dans la presse, chaque association concernée, au siège social ou sur son site Internet, doit notamment mettre à la disposition de ses membres :
- Les documents qui doivent figurer dans le projet de restructuration et que chaque membre doit recevoir.
- Le cas échéant, la liste des établissements des associations concernées avec indication de leur siège.
- La liste des membres chargés de l’administration de chaque association concernée, à l’exception des indications relatives à la nationalité, profession et domicile.
- Un extrait des délibérations des organes délibérants de toutes les associations concernées arrêtant le projet de restructuration, avec indication du nombre des membres présents, du nombre des membres représentés et du résultat des votes.
- Pour les trois derniers exercices ou si l’association a moins de 3 ans depuis sa date de création : les comptes annuels, le budget de l’exercice courant, les dates auxquelles ont été arrêtés les comptes des associations concernées utilisés pour établir les conditions de l’opération, ainsi que, le cas échéant, le rapport du commissaire aux comptes et le rapport de gestion.
- Les conditions dans lesquelles les contrats de travail des associations concernées par l’opération de restructuration sont transférés à la ou aux nouvelles personnes morales résultant de l’opération.

-  Le cas échéant, l’avis du comité d’entreprise se prononçant sur le projet de l’opération de chaque association participant à l’opération.

Entre une absence de cadre juridique et un cadre juridique aussi inadapté aux « petites » associations, on peut raisonnablement se demander si le législateur a apporté une amélioration. Le nouveau dispositif est très lourd et coûteux. Et qui payera au final ? Les pouvoirs publics incitent aux collaborations, aux mutualisations, voire aux fusions. On vient d’y mettre un frein.

Projet de réserve citoyenne : il faudra "ramer" pour convaincre... (16/07/2015)

Dans le droit fil des attentats de janvier 2015 et des manifestations qu’ils ont suscitées les 10 et 11 janvier, le président de la République a missionné Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d’État, et Claude Onesta, entraîneur de l’équipe de France masculine de handball, pour explorer la faisabilité de la création d’une « réserve citoyenne ». Ils ont remis un rapport de plus de cent pages : Pour que vive la fraternité

Si l’on souhaite s’épargner la lecture de tout le rapport, on peut se contenter de l’annexe 4 : « Résumé et principales propositions du rapport » (pages 91 à 94). Le contenu est très emphatique : « Le projet de réserve citoyenne s’appuie sur la conviction que le projet républicain demeure un projet fédérateur et intégrateur et une réponse au risque de délitement du lien social » (page 91).

On comprend, dès lors, que les rédacteurs recommandent au Gouvernement, en tout premier lieu, de « s’assurer que l’idée de réserve citoyenne puisse faire l’objet d’une large appropriation par la société civile » (page 93). De fait, ce n’est pas gagné !

Concrètement, auprès des services de l’État, au sein des collectivités territoriales, des établissements publics ou encore des associations, les « réservistes » pourraient être sollicités pour des missions exceptionnelles (participation à la gestion de crises, d’accidents, de catastrophes ou de grands rassemblements…) ou plus régulières, mais ne dépassant pas un engagement de quelques heures par semaine. Toutes les missions auraient en commun « de s’inscrire dans une logique de fraternité ». Avec « une formation et un encadrement appropriés », elles pourraient porter sur les champs suivants : la transmission des valeurs de la République à l’école, l’aide aux personnes en situation de handicap, l’accueil et l’intégration des étrangers, la lutte contre l’exclusion et l’illettrisme, la participation à la politique de la ville, la lutte contre l’isolement social, la promotion des valeurs et de l’éthique du sport, l’accès à la culture, l’accompagnement des personnes condamnées (page 92)…

L’articulation entre bénévolat associatif et réserve citoyenne est forcément complexe. Les deux rapporteurs précisent que « l’ampleur des besoins d’intérêt général dans notre société paraît aujourd’hui telle qu’il y a place pour une intervention conjointe et coordonnée à la fois de réservistes et de bénévoles » – surtout si cela évite de recruter des professionnels salariés… Il n’est pas sûr que cette déclaration des deux rapporteurs règle la question en la clarifiant, et qu’elle rassure les syndicats de défense des intérêts des salariés.

À court terme, les deux rapporteurs suggèrent d’expérimenter le dispositif dans trois ou quatre départements. Bien entendu, il faudra créer une agence supplémentaire, en l’occurrence une Agence de la réserve citoyenne. De quels moyens disposera-t-elle par ces temps d’économies budgétaires ?

Au lieu de tout faire pour créer de la complexité et de la confusion, ne serait-il pas plus judicieux de soutenir le secteur associatif pour l’aider à accueillir plus de bénévoles et le plus utilement possible ?

Formulons également le vœu que Claude Onesta et l’équipe de France de handball remportent à nouveau le titre olympique en 2016, au Brésil, et de façon magistrale : plus, probablement, qu’avec cette réserve citoyenne à laquelle n’adhéreront que des citoyens convaincus d’avance, ils contribueraient ainsi au renforcement de notre sentiment d’appartenance à notre pays !

"Affaire" Vincent Lambert : un peu de décence, s'il vous plaît ! (17/06/2015)

La bataille juridique à laquelle se livrent, depuis plusieurs années, les parents et la femme de ce jeune tétraplégique, Vincent Lambert, plongé dans le coma, autour de la douloureuse question de l’« acharnement thérapeutique », vient de s’enrichir d’un nouvel épisode, à travers l’arrêt rendu par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

Au-delà du problème de fond, on ne peut que déplorer un tel étalage public de la cohabitation de trois souffrances qui inspirent la compassion de tout le monde : celle, tout d’abord, de ce grand blessé, ayant déjà, dans les faits, quitté le monde des vivants ; celle de ses parents, désespérément obstinés à le faire vivre coûte que coûte ; celle enfin de son épouse, résolue à lui assurer une fin de vie digne, conforme au désir qu’il en avait exprimé.

Le débat public suscité en France autour du problème de l’euthanasie (ou l’obstination déraisonnable), tel qu’il a été récemment réactualisé autour de la refonte de la loi Leonetti, repose évidemment sur la nécessité morale de mettre en place un dispositif juridique adéquat.

En tant que tel, il passionne logiquement tout citoyen invité à s’interroger sur le bien-fondé d’une nouvelle réforme sociétale décisive, qui peut, un jour ou l’autre, concerner chacun dans sa sphère privée.

Est-il pour autant acceptable que soit exposé dans la presse, autour d’un cas particulier, l’affrontement de proches, cédant à la tentation d’instrumentaliser les médias pour résoudre un drame familial ?

Quelle cohérence accorder, par ailleurs, à la stratégie de l’association intégriste soutenant les parents de Vincent Lambert, encouragés à faire appel à une instance juridique européenne, quand on connaît la mouvance idéologique dont elle se réclame, hostile à l’Europe ?

L’affirmation du droit à l’information a-t-elle pour conséquence que le lecteur ait connaissance de tous les drames intimes (et il y en a de bien plus sordides, propres à alimenter tous les voyeurismes !), en lui faisant croire qu’il aurait à trancher sur tout, en suivant tous les rebondissements des affaires les plus obscures ? Non, le présent débat ne gagne rien à ce « théâtre » impudique.

Combien de familles, confrontées à la même situation que celle de Vincent Lambert, vivent dans la dignité et la discrétion l’issue qu’elles ont choisie pour un proche profondément diminué, en relation fusionnelle avec un personnel médical attentif et respectueux des patients ?

Michel Ferron

L’entrée de Jean Zay au Panthéon. Un accroc au consensus national ? (02/06/2015)

Je suis stupéfait de lire dans l’édition mayennaise d’Ouest-France du 29 mai 2015 que François-Gonzague Meunier, conseiller municipal d’opposition à Château-Gontier, par ailleurs membre de l’UMP, succombe à un parti pris qui l’entraîne – à son corps défendant ? – dans le sillage des attaques de l’extrême droite, ancienne et actuelle, à l’encontre de Jean Zay, ministre du Front populaire assassiné par le régime de Vichy en 1944.

Sans revenir sur la signification et les objectifs du rite laïque de la panthéonisation, on sait que cette décision régalienne visant à conférer une haute distinction à de grandes personnalités peut exposer le chef de l’État à des controverses.

Le choix de deux résistantes – Geneviève Anthonioz-de Gaulle, nièce du héros de la France libre et ancienne présidente d’ATD Quart-Monde ; Germaine Tillon, ethnologue et ancienne du réseau du « Musée de l’Homme », toutes les deux déportées à Ravensbrück – n’a soulevé aucune objection.

En revanche, la sélection des deux autres personnalités a suscité d’importantes réserves de part et d’autre : Pierre Brossolette, en raison de sa rivalité avec Jean Moulin, et surtout Jean Zay, coupable, aux yeux de Vichy, de nombreux « crimes » qui lui valurent quatre années de prison, avant d’être fusillé par la Milice française.

Que François-Gonzague Meunier choisisse de rompre l’unité nationale autour de la consécration de cet ancien responsable politique, c’est son droit. On peut déplorer toutefois qu’il assortisse son jugement de considérations partisanes en « regrettant que le gouvernement mette en avant une personnalité socialiste » (1).

 

Plus grave encore est de s’appuyer sur l’ancien et récurrent procès intenté à Jean Zay pour son texte antimilitariste, intitulé Le Drapeau, écrit en 1924 (son auteur était alors âgé de 20 ans), qui est à considérer comme un pamphlet rédigé dans un cercle de jeu littéraire d’étudiants, pratiquant la provocation dans la veine du mouvement surréaliste de l’époque.

Certes, ce poème n’est pas respectueux de l’icône patriotique, symbole, pour l’auteur, des atrocités de la Première Guerre mondiale… mais est-ce manquer de respect à l’égard des « morts aux champs d’honneur » que de rappeler qu’en même temps qu’il exalte le sacrifice des combattants, le drapeau tricolore est aussi imprégné du sang des boucheries de toutes les guerres ?

Et puis, quitte à se livrer au même petit jeu de citations tronquées que François-Gonzague Meunier, on peut aussi relever dans Le Drapeau ces apostrophes que tant d’autres, à d’autres époques, ont écrites pareillement :

(…) Quinze cent mille [morts] éventrés, déchiquetés,
Anéantis dans le fumier d’un champ de bataille,
Quinze cent mille qui n’entendront plus JAMAIS,
Que leurs amours ne reverront plus JAMAIS.
Quinze cent mille pourris dans quelques cimetières
Sans planches et sans prières …
Est-ce que vous ne voyez pas comme ils étaient beaux, résolus, heureux

De vivre, comme leurs regards brillaient, comme leurs femmes les aimaient ? (…)

En conclusion, plutôt que de focaliser sur un écrit de jeunesse, commis dans un contexte de création particulier, il eût été intellectuellement plus honnête et civiquement plus rassembleur de mettre en avant les multiples « qualités » qui faisaient de Jean Zay l’homme à abattre par excellence : d’origine juive par son père, homme de gauche, ministre de l’Éducation nationale et des Beaux Arts (1936-1939), il fut d’abord le bâtisseur visionnaire de l’École républicaine, dont le pétainisme souhaitait l’abolition (2).

Dans le même contexte, en 1941, l’officier Pierre Mendès-France était condamné, lui aussi, par le régime de Vichy pour « désertion » : il était, lui aussi, d’origine juive, homme de gauche et membre du second Gouvernement de Léon Blum.

Michel Ferron

 

__________


[1] – Jean Zay appartenait en fait à l’aile gauche du Parti radical de l’époque

[2] – Voir l’intéressant ouvrage (richement documenté et illustré) d’Antoine Prost et Pascal Ory : Jean Zay, le ministre assassiné (1904-1944). Éd. Tallandier et Canopé, mai 2015.

 

Michel Ferron : avec la seule prétention de participer au débat.
Réforme du collège et refonte des programmes scolaires (01/06/2015)

 

 

Michel Ferron, professeur agrégé de lettres modernes en retraite, administrateur actif du CÉAS de la Mayenne, souhaite ici participer au débat sur la réforme du collège et la refonte des programmes scolaires. Son texte est inspiré par de nombreuses années de militantisme syndical et pédagogique (et donc forcément « politique »), et aussi par son expérience d’enseignant.

L’actuelle controverse et les polémiques autour du projet de réforme du collège proposé par la ministre Najat Vallaud-Belkacem ont le mérite et l’avantage (irritants pour certains) de susciter un énième débat sur l’avenir du système éducatif français.

On passera sur les rituelles références aux évaluations du programme PISA [1], inspiratrices d’un constat apocalyptique sur nos piètres résultats (au même titre que les « hit-parades » des établissements, assénés chaque année sans mentionner le moindre paramètre contextuel et dont les médias font leurs choux gras, plongeant les familles dans la perplexité).

Le problème des langues

Nous sommes confrontés à la résolution d’une équation délicate : comment faire en sorte que des langues « mortes » continuent à vivre, tout en empêchant des langues vivantes de mourir ?

 

S’il s’avère que la réforme aboutit à la mise en péril de la connaissance des langues anciennes, tout doit être fait, au contraire, pour en maintenir un enseignement significatif, non seulement en assurant leur choix dans les horaires et les programmes, mais aussi pour sauvegarder un patrimoine culturel hérité de l’Antiquité, pouvant faire l’objet d’une approche transversale (langues, histoire, enseignement artistique, éducation à la citoyenneté…).

Si se confirme également la menace d’une quasi-disparition de l’enseignement d’une deuxième langue vivante, on doit réagir à cet appauvrissement progressif des langues étrangères dans notre système éducatif.

À cet égard, il eût été plus judicieux, à mon sens, plutôt que d’introduire l’apprentissage de l’anglais au niveau du primaire [2], de prendre des mesures pour consolider durablement l’enseignement des langues étrangères dans le second degré, à la fois comme outils de communication mais aussi comme vecteurs de cultures et de mentalités.

Affichée comme la pratique d’une sorte de sport national, la désaffection des Français à l’égard des langues étrangères (reflet d’une certaine frilosité hexagonale ?) nous vaut d’apparaître en bien mauvaise position par rapport aux constats que l’on peut faire, au-delà des statistiques, dans les pays anglo-saxons.

Collège unique et égalité des chances

Le constat de la faillite du modèle de collège unique, mis en place il y a quarante ans par la réforme Haby, suscite forcément à nouveau le débat autour de l’opposition « enseignement d’élite / enseignement de masse », alourdi par la crainte du « nivellement par le bas » auquel seraient condamnées nos « chères têtes blondes ». Soit…

Pour autant, ce questionnement récurrent n’est pas dénué d’une certaine hypocrisie de la part de quelques associations de parents d’élèves et organisations syndicales bien-pensantes : défendre une conception égalitariste de l’enseignement peut s’apparenter à une simple posture idéologique ; de la même façon, se soumettre passivement à l’évidente différence du niveau des élèves peut revenir à cautionner un certain immobilisme, teinté de désespérance pédagogique, assistant avec impuissance à la disparition de la fonction de l’école comme ascenseur social.

Différenciation des contenus et hiérarchie des genres

Le nécessaire toilettage des programmes doit être conduit en ayant à l’esprit quelques principes simples. Tout d’abord, il est absurde d’assimiler les tenants de l’enseignement des langues anciennes à d’affreux réactionnaires, soucieux de perpétuer des privilèges de « classes » : la découverte de l’œuvre philosophique de Sénèque ou des discours de Démosthène transcende les inégalités sociales.

En même temps, il est évident que l’on doit continuer à proposer des parcours différenciés aux élèves, en fonction de leurs appétences et de leurs projets. Cependant, il peut paraître pervers d’enfermer les élèves en difficulté dans des programmes étriqués et aseptisés, à visée essentiellement utilitaire et pragmatique. Ainsi, par exemple, sur les chapitres de la littérature et de l’expression, l’étude de tout support écrit et oral (littéraire ou non) peut donner lieu, en classe, aux mêmes exercices de décryptage des codes et des messages, fournissant des bases rhétoriques et d’esprit  critique [3].

C’est pourquoi, partant du principe que, dans le domaine de l’expression, il n’y a pas de genres mineurs ni de petites ou de grandes œuvres (ceci restant la plupart du temps affaire de subjectivité), on doit pouvoir défendre la pluralité des approches et des études. De la même façon qu’il n’existe pas de suprématie d’une langue sur les autres, non, la langue française n’est pas menacée et continue de s’enrichir d’emprunts à toutes sortes de registres : l’invasion du « franglais » bien contrôlée peut représenter un exemple de métissage linguistique réussi, sans déclencher des cris d’orfraie !

Ainsi, oui, les élèves de niveau moyen ou faible ont le droit d’accéder au théâtre de Shakespeare, sans que l’on ait le sentiment de « donner à manger du caviar à des cochons ! », selon une pitoyable formule entendue dans certaines salles de profs. Oui, les élèves ayant choisi la voie de l’enseignement technologique (longue ou courte) doivent pouvoir goûter aux sortilèges de la poésie classique et moderne : l’analyse de la structure d’un sonnet de Baudelaire peut se révéler tout aussi excitante que le décodage d’une affiche de cinéma.

Et, sur ce plan, n’en déplaise à un ancien président de la République, les programmes d’un concours de la Fonction publique peuvent parfaitement s’enrichir de l’étude de La Princesse de Clèves (sans qu’on soit tenu de se passionner pour ce mode de narration romanesque…).

Au terme de cette proposition d’analyse personnelle, que l’on pourra qualifier d’irréaliste, angélique ou irresponsable, je souhaiterais simplement dire qu’il n’y a pas de passion d’enseigner sans un minimum de volontarisme ou de projets utopiques (comme dans un engagement politique).

Certes, la pratique du métier de prof est un exercice difficile, qui expose à bien des ressentiments venant de toute part (car tout le monde a forcément des problèmes à régler avec l’institution scolaire, située au cœur de nombreuses frustrations individuelles ou collectives). Ce métier mériterait d’être davantage considéré et encouragé. Cependant, pour avoir connu quelques « émotions » pédagogiques durant ma carrière, j’estime qu’en dépit de toutes ses tares, notre système éducatif contribue encore globalement à l’émancipation des citoyens. Il faut donc dépassionner le débat en cessant d’alimenter le chœur des pleureuses !



[1] – Programme international pour le suivi des acquis des élèves, proposant un bilan triennal des performances des systèmes éducatifs européens, sous l’égide de l’OCDE.

[2] – Un bilan doit être dressé sans complaisance de cette opération, réduite bien souvent à un simple « gadget », faute de disposer d’enseignants véritablement formés et motivés, face à de jeunes élèves déjà confrontés à la complexité de leur langue maternelle.

[3] – Ce n’est pas une raison pour réduire l’activité des élèves faibles à la seule étude de bandes dessinées, d’articles de presse ou de messages publicitaires…

 

Le "sacrifice" de Jean-Marie Le Pen (09/04/2015)

Jean-Marie Le Pen dit parfois des « bêtises », plus ou moins monstrueuses. Sa fille Marine n’est pas contente et elle le fait savoir. Et puis il ne se passe rien. Marine fait toujours la bise à son papa.

Pendant ce temps-là, le Front national et sa présidente engrangent des points. Le Front national est aujourd’hui un parti comme les autres, très fréquentable. On nous donne à croire que le Front national a changé : c’est la stratégie de communication de la dédiabolisation.

Aujourd’hui, à 86 ans, Jean-Marie Le Pen dépasse les bornes. C’est intolérable pour Marine Le Pen qui écrit dans un communiqué : « Sa stature de Président d’honneur ne l’autorise pas à prendre le Front national en otage, de provocations aussi grossières dont l’objectif semble être de me nuire mais qui, hélas, portent un coup très dur à tout le mouvement, à ses cadres, à ses candidats, à ses adhérents, à ses électeurs ». Sortons les mouchoirs !

Mais quelle mouche a piqué Jean-Marie Le Pen, alors que tout allait si bien au Front national ? Et si le fondateur du parti était en train de nous jouer un gros coup : une escalade de déclarations inacceptables amène le Front national, qui en est bien sûr complètement désolé, à traiter son fondateur comme une personne atteinte par les contraintes de l’âge ?

Cette fois-ci, c’est sûr, on va retirer à Jean-Marie Le Pen l’honneur d’être la tête de liste pour les élections régionales en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Quelle dure et pénible épreuve pour la blanche Marine obligée de condamner son propre père ! Certes, mais ce qui va procurer la virginité politique à son parti…

Suicide de Jean-Marie Le Pen, mais non, pas du tout, « sacrifice » du père fondateur pour permettre à son parti de gagner le cœur des électeurs dupes de la mascarade. C’est de la politique-fiction, bien-sûr, mais l’hypothèse est plausible.

Une Marine Le Pen au ton naturel (07/04/2015)

« Je ne demande pas à Manuel Valls de démissionner car si l’on peut attendre des chefs d’État de partir avec honneur, les petits politiciens médiocres, eux, s’accrochent généralement malgré la sanction des urnes, incapables qu’ils sont de se mettre au niveau du peuple et de le respecter. »

C’est un extrait de la déclaration publique de Marine Le Pen, le 29 mars 2015, pour commenter les résultats des élections départementales. La presse écrite a peu repris ces propos. Dommage ! Ils nous révèlent une facette de la vraie personnalité d’une Marine Le Pen pleine d’arrogance et excessivement manipulatrice : en abaissant ainsi le Premier ministre, elle distille le doute, se présente comme sauveuse de la France et va séduire, par sa gouaille, un grand nombre de Français.

Les propos de Marine Le Pen à l’égard de Manuel Valls sont-ils une diffamation ou une injure ? La distinction est parfois subtile. En l’occurrence, l’amende serait-elle de 45 000 euros (diffamation) ou bien de 12 000 euros (injure) ?

Dans le droit français, la reproduction ou la citation de propos diffamatoires constitue une nouvelle diffamation susceptible de poursuites. Les journalistes connaissent la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse et ils n’ont sans doute pas voulu prendre le moindre risque en diffusant les propos de Marine Le Pen.

Comptant sur la compréhension de Manuel Valls, le CÉAS juge utile de diffuser les propos de Marine Le Pen. De toute façon, si on lui cherchait des ennuis, il pourrait toujours faire valoir sa « bonne foi journalistique ». Tous les critères sont réunis : légitimité du but poursuivi (éducation politique), absence d’animosité personnelle à l’égard du Premier ministre, prudence et mesure de l’expression, qualité de l’enquête…

Dis-moi ce que tu lis.. Les élections départementales à la une (01/04/2015)

Comment les grands quotidiens français ont-ils construit la une de leur édition du lundi 30 mars 2015 ? Dans tous les journaux, les élections départementales font la une, mais avec des traitements différents qui en disent long sur l’objectivité et la neutralité de chaque média.

La Croix, édité par Bayard Presse, dont les Augustins de l’Assomption sont parmi les principaux associés, reste fidèle à sa sobriété éditoriale. « Des élections qui en annoncent d’autres… », titre le quotidien qui évoque « les contours d’un nouveau paysage politique » et se projette vers les élections régionales de décembre. Pour illustrer sa une, La Croix a choisi une urne dans un bureau de vote. Le traitement des résultats en pages 2 et 3 est en cohérence avec la une : pour décrypter la « nouvelle donne électorale », des intertitres respectueux des partis politiques : « L’UMP mise sur l’union et la refonte du parti »… « Au PS, tout faire pour rassembler la gauche »… « Le FN table sur la poursuite de son enracinement local »… Voilà du bon travail journalistique !

Les Échos – Le quotidien de l’économie est une publication d’un groupe qui compte comme principal associé LVMH (Bernard Arnault). Le quotidien titre : « Comment Hollande prépare l’après-défaite ». La photo montre le président de la République à la sortie de son bureau de vote. Les Échos met l’accent sur le « très net revers » subi par le PS et sur le succès de la droite qui « remporte les deux tiers des départements ». Quotidien économique oblige, Les Échos précise que le chef de l’État n’envisage « ni changement de cap, ni remaniement ». Plus surprenant, le quotidien se réjouit des « signes de redémarrage de l’activité » qui se multiplient. C’est curieux d’attendre le lendemain d’une élection pour l’annoncer… Quoi qu’il en soit, le Front national et Marine Le Pen sont complètement absents de la une !

Le Figaro (Dassault Médias) est un quotidien dont les propos sont totalement à charge pour la gauche. Le titre est sans appel : « L’UMP en force, le PS en miettes ». Les illustrations montrent Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen souriant ; François Hollande et Manuel Valls ont le visage crispé. Le Figaro insiste sur l’« échec historique » que subit la gauche. Elle reprend le « désaveu sans appel » de Nicolas Sarkozy. Manuel Valls est présenté comme « fragilisé », devant se préparer à « affronter l’offensive des frondeurs ». L’éditorial est de la même veine : « Faillite de la gauche, défi pour la droite »…

Aujourd’hui en France (Intra-Presse, du groupe Amaury) choisit une une cinglante pour le Premier ministre, seul en photo mais avec ce titre en grand : « La gifle ». Commentaires très brefs : on retient que les électeurs « ont sévèrement sanctionné la gauche », d’où une France qui « bascule à droite ». En pages intérieures, « Hollande et Valls se cramponnent »… « Et Sarkozy plane »… « Marine Le Pen voit quand même une victoire »…

Libération est dorénavant une publication de la SAS Presse Média Participation (PMP) avec Bruno Ledoux et Patrick Drahi. Le quotidien ironise sur Manuel Valls qui est « battu mais content ». Libération ne semble pas cautionner les choix du Premier ministre qui « ne compte pas remettre en cause la politique du gouvernement, malgré la défaite de la gauche face à l’UMP ». Libération serait-il du côté des mécontents du PS ? Le quotidien accorde une petite place en une au FN qui « lui, remporte un nombre record de conseillers, mais pas de département ».

L’Humanité a sorti un « Spécial élections départementales ». Le « journal fondé par Jean Jaurès » titre : « Après la gifle, l’urgence d’un nouveau cap ». François Hollande et Manuel Valls tournent le dos aux lecteurs de L’Humanité, lequel ne dissimule pas ses thèses : « L’échec électoral de Hollande et Valls est la preuve qu’une politique nouvelle de gauche doit s’imposer pour rompre avec l’austérité qui nourrit le désespoir et l’abstention »L’Humanité nommé Premier ministre : pourquoi pas ?

Ouest-France titre sur la « large victoire de la droite », avec des sous-titres factuels : « Toute la Normandie à droite »… « Les Côtes-d’Armor basculent à droite »… « Le PS garde l’Ille-et-Vilaine »… « Le Front national sans département »… Le « commentaire » de Michel Urvoy enfonce un peu le clou : « Sarkozy conforté, Valls désavoué ».

Le Monde a aujourd’hui pour actionnaire principal Le Monde Libre (Pierre Bergé, Matthieu Pigasse et Xavier Niel). Le quotidien du soir ne peut commenter les résultats que dans son édition datée du mardi 31 mars. Le Monde titre : « La droite victorieuse, Sarkozy conforté ». En marge de la nouvelle carte des majorités départementales, les commentaires du quotidien sont relativement neutres. Chacun y trouve une place, même l’UDI qui sort aussi vainqueur de ces élections ou le FN qui ne fait élire « que » soixante-deux conseillers sur plus de quatre mille. Le PS n’est quand même pas épargné : il a droit à sa « troisième défaite ». Pourtant, « l’exécutif ne changera pas de cap ». Un élément complémentaire : « Sarkozy juge avoir pris l’avantage sur Juppé pour 2017 ». L’avenir lui donnera raison… ou tort !

Le jour où les Mayennais(es) ont perdu la tête… (24/03/2015)

Le dimanche 22 mars 2015 restera comme un traumatisme dans l’histoire du département. Les Mayennais ont oublié qu’être Français accorde des droits, mais exige en contrepartie des devoirs civiques : et cela commence par celui de voter lors des élections.

Quelque 100 000 Mayennais n’ont pas pu ou n’ont pas jugé utile d’aller voter pour les élections départementales. Les abstentionnistes étaient moins de 16 % à l’élection présidentielle de 2012 ; ils sont environ 50 % aux élections départementales. Avec l’électorat Front national (environ 20 700 Mayennais), cela fait plus de 120 000 citoyens tout à fait disposés à confier leur armée et leur police à l’extrême droite.

Les votants s’étant exprimés étaient environ 77 000 de plus à l’élection présidentielle. Les Mayennais n’ont-ils pas compris que la présence d’un binôme de candidats dans chacun des cantons du département s’inscrit dans une stratégie de conquête du pouvoir au niveau national ? Au-delà des grands enjeux de politique nationale et internationale, les Mayennais pouvaient-ils ignorer que l’enjeu portait d’abord sur la mise en œuvre concrète de toutes les politiques sociales en direction des personnes fragilisées dans notre département : les enfants, les personnes handicapées, les personnes dites âgées ?

Cela, les élus politiques de droite et de gauche n’ont-ils pas démontré qu’ils savaient le faire, et pas si mal que cela. Demandez aux étrangers ce qu’ils en pensent par rapport à ce qui se passe dans leur pays !

En Mayenne, les dix-sept binômes du Front national, ne comprenant que des candidats n’ayant aucune expérience de la gestion d’une collectivité, ont recueilli plus de 20 700 voix. Certes, Marine Le Pen, à l’élection présidentielle, en avait obtenu 27 000. Le Front national perd 6 200 voix, mais il y a eu 77 000 bulletins exprimés en moins.

Tout de même 20 700 Mayennais ont accordé leur confiance à l’extrême droite, aux candidats du Front national, pour gérer le Conseil départemental… et ont ainsi, finalement, désavoué la politique conduite par la majorité départementale sortante – ou alors ils se sont trompés d’élection. Un millier d’électeurs ont voté pour ce candidat FN qui pointait une arme à feu sur la tempe d’un portrait du président de la République (cf. Le Courrier de la Mayenne du 19 mars 2015).

Est-ce la politique conduite en Mayenne par le Conseil général toutes ces dernières années que les Mayennais ont sanctionnée ? Ou alors est-ce une façon pour eux d’exorciser la crise ? Toujours est-il qu’ils ont contribué à banaliser l’extrême droite en France ; c’est un « jeu » très dangereux de valider, par son vote, que l’extrême droite, demain, peut gouverner le pays des Droits de l’Homme : la France.

 

De Bill à Lila : la provocation génère la haine (16/01/2015)

Êtes-vous lecteur de Boule & Bill ? Boule, c’est un petit garçon espiègle ; Bill, c’est un cocker malin, menteur et adorable. Dans l’album n° 35 sorti en 2014, Boule trouve une astuce pour que Bill puisse venir à la piscine avec lui…

Sachant que la piscine est interdite aux animaux, Boule trouve un stratagème, mais une bouée avec une tête de chat va tout foutre en l’air. Bill a raison : c’était de la provocation ! Que croyez-vous qu’il pût arriver ?

Cela nous fait penser à Charlie Hebdo, ce « journal » qui se définit lui-même comme « irresponsable ». Dans son édition du 14 janvier 2015, il a raté l’occasion de conforter la sympathie que des millions de Français lui avaient accordée spontanément, sans même le connaître, suite aux événements dramatiques de la semaine précédente.

An nom de la revendication d’une liberté d’expression, peut-on tout dire, tout écrire, tout dessiner ? La loi de 1881 vient peut-être de prendre un coup de vieux et de montrer ses limites de par sa très grande permissivité.

La violence génère la violence. Oui, Charlie Hebdo est d’une extrême violence symbolique quand il s’attaque aux croyants et aux croyances – et il n’y a pas besoin d’être extrémistes pour la ressentir. Pas même besoin d’être croyants. Charlie Hebdo du 14 janvier 2015 reprend le dessin de Tignous sur Sœur Emmanuelle, et c’est indécent. Tel autre de Cabu est vulgaire. D’autres encore sont des insultes aux femmes.

À Charlie Hebdo, ils ont pourtant un cocker. Il est roux et s’appelle Lila. Mais ses compagnons ne sont pas du même univers que celui de Boule et Bill.

 

Les couacs du recensement (02/01/2015)

Un arrondi sympathique

« Au 1er janvier 2012, la Mayenne compte 307 453 habitants, soit 9 % des résidents des Pays de la Loire », annonce Agnès Lerenard dans Insee Flash Pays de la Loire n° 16 de décembre 2014.

Arrondir au chiffre supérieur, pourquoi pas ? Surtout quand cela fait rêver… En réalité, la part de la population mayennaise dans la région tend à diminuer : de 10,2 % en 1962, elle est descendue à 8,9 % en 1999 et à 8,4 % en 2012. En termes de communication, « 9 % », c’est tout de même mieux que « 8,4 % » !

Laval-Agglo : gagne ou perd ?

« Onze habitants gagnés en une année sur Laval agglomération », annonce Kristell Le Gall dans Le Courrier de la Mayenne du 1er janvier 2015. « La hausse est minime, précise-t-elle. Mais depuis 2007, elle est continue ».

Laval-Agglo comptait 95 838 habitants en 2011 et en compte 95 787 en 2012. Ainsi, l’agglomération n’a pas gagné 11 habitants, mais elle en a perdu une cinquantaine, et c’est la première fois que cela arrive depuis des décennies !

Mais comment Le Courrier de la Mayenne a-t-il pu se tromper ? C’est la faute à la commune d’Argentré. Kristell Le Gall a retenu la population totale pour cette commune (2 757 habitants), au lieu de la population municipale (2 694), et voilà comment, avec 63 habitants comptés en trop, on évite d’annoncer que l’agglomération a perdu des habitants…

 

L'Insee ne semble pas l'avoir vu... L'état de grâce migratoire, c'est fini ! (31/12/2014)

Dans Insee Flash Pays de la Loire n° 16 de décembre 2014, Agnès Lerenard écrit qu’entre 2007 et 2012, l’augmentation de la population en Mayenne s’explique « pour 80 % par l’excédent des naissances sur les décès (solde naturel) et pour 20 % par l’excédent des arrivées sur les départs (solde migratoire) ».

L’« information » est trompeuse… La réalité est (malheureusement) tout autre ! Une variation de population s’explique effectivement par le solde naturel et par le solde migratoire. Qu’en est-il en Mayenne ?... Lire la suite

 

Population mayennaise au 1er janvier 2012 : des bémols à l'optimisme de l'Insee (31/12/2014)

Analysant les données de population au 1er janvier 2011, Agnès Lerenard (Insee Pays de la Loire) observait qu’au cours des cinq dernières années, « la population en Mayenne a gagné près de 8 000 habitants, soit environ 1 600 habitants supplémentaires chaque année ».

Un an plus tard, analysant les données de population au 1er janvier 2012, Agnès Lerenard observe qu’au cours des cinq dernières années, « la Mayenne a gagné près de 7 000 habitants, soit environ 1 400 habitants supplémentaires chaque année ». Ouest-France, dans son édition du 30 décembre 2014, a repris l’information... lire la suite

 

Au fait, les soins palliatifs, c'est quoi ? (22/12/2014)

Dans son édition du 19 décembre 2014, Ouest-France publie les résultats d’un sondage que le quotidien a commandé à l’Ifop : « Les Français et la fin de vie ».

Avec Arnaud Bélier aux commentaires, nous apprenons que les attentes des Français sont claires : « Mourir dignement. Ne pas souffrir ». Reconnaissons que le contraire aurait constitué un scoop.

Les Français – nous ne cessons de le répéter – ont des idées sur tout quand on prend la peine de les sonder. L’Ifop apporte ainsi des informations exclusives qui révèlent, par exemple, ce que préfèreraient les Français atteints d’une maladie grave en phase terminale ; ce en quoi consistent les soins palliatifs en fin de vie ; ce qu’il faudrait faire pour améliorer l’accompagnement des personnes ; ce que l’on pourrait craindre si l’euthanasie était légalisée en France…

L’Ifop a simplement oublié de poser une question préalable aux Français : « Pourriez-vous définir ce que sont les soins palliatifs ? » Et nous ne parlons pas des directives anticipées, de l’obstination déraisonnable, de l’actuelle loi Leonetti, etc.

 

Travail social : tout irait de mal en pis, et même la façon de conduire une enquête... (01/12/2014)

Dans son édition du 26 novembre 2014, tsa-quotidien.fr publie un article d’Olivier Bonnin : « Des travailleurs sociaux travaillés par le doute », portant sur une enquête de l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens CGT (Ugict-CGT) réalisée du 22 août 2013 au 31 janvier 2014. Si les motivations des travailleurs sociaux « demeurent élevées », leur travail est « toujours plus dense, complexe, insuffisamment rémunéré » et il « perd progressivement de son sens ». Olivier Bonnin en conclut à un « malaise professionnel ».

Pour pouvoir tirer des enseignements de cette enquête à d’autres fins que syndicales, il faudrait qu’elle soit irréprochable sur le plan méthodologique. C’est loin d’être le cas au regard du document de synthèse publié par l’Ugict-CGT. 

Tout d’abord, on pouvait répondre au questionnaire via le site Internet de l’Ugict ou directement sur papier. Il y a eu 716 réponses, mais on ne sait pas combien par Internet et combien sur papier. On ignore surtout quelles précautions les promoteurs de l’enquête ont prises pour éviter, par exemple, qu’une même personne ne réponde plusieurs fois.

Représentatif ? Non ! Significatif ?…

Comme le remarque Olivier Bonnin, les résultats peuvent être « plus ou moins biaisés, puisque la plupart des répondants étaient des utilisateurs du site de l’Ugict ». Bref, il serait hasardeux de penser que ces résultats sont représentatifs de la population des travailleurs sociaux. Le document de synthèse fournit notamment l’âge, les métiers, les employeurs des répondants, mais on ignore si, pour chaque déterminant, la répartition est conforme à l’effectif total. Par exemple, 67 % des répondants à l’enquête sont des assistants de service social ; en France, parmi l’ensemble des travailleurs sociaux, représentent-ils réellement 67 % ?

Passons sur le fait que la durée de l’enquête est très longue (un peu plus de cinq mois) et que l’environnement de ceux qui ont répondu fin août 2013 n’est plus forcément le même cinq mois plus tard.

En outre, la formulation même des questions n’est pas toujours d’une grande neutralité. La question 6, par exemple, suggère la réponse : « Estimez-vous que votre travail s’est intensifié ? » La formulation est d’autant plus biaisée qu’on a naturellement tendance à plus répondre « oui » que « non ». Ainsi, avec l’enquête de l’Ugirc-CGT, on a 84 % des répondants qui ont répondu « oui ». C’est sans doute conforme à la représentation générale que les travailleurs sociaux ont des évolutions de leur métier, mais est-ce vraiment dans une telle proportion ? Et au-delà des représentations, qu’en est-il des faits ? Techniquement, on pourrait sûrement obtenir des résultats plus nuancés, surtout en s’adressant à un échantillon le plus représentatif possible des travailleurs sociaux…

 

Quel candidat de l'UMP est préféré des Français pour la présidentielle de 2017 ? (17/11/2014)

Dimanche Ouest-France, dans son édition du 16 novembre 2014, publie les résultats d’un sondage commandé à l’Ifop et réalisé « du 12 au 14 novembre auprès de 1 825 personnes ». Question posée : « Qui souhaiteriez-vous voir représenter l’UMP à la présidentielle de 2017 ? » L’hebdomadaire communique les résultats pour les sympathisants de l’UMP, mais aussi pour l’ensemble de l’échantillon. On ignore quelle est la part des sympathisants de l’UMP dans l’effectif total. Bien entendu, ce sondage, quand il s’adresse à l’ensemble de l’échantillon, et si loin de 2017, ne présente pas beaucoup d’intérêt quant aux résultats mêmes de la prochaine élection présidentielle.

Aujourd’hui en France, également dans son édition du 16 novembre 2014, publie les résultats d’un sondage commandé à Odoxa et réalisé « auprès d’un échantillon de Français interrogés par Internet les 13 et 14 novembre 2014. Échantillon de 1 007 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans ou plus ». Question posée : « Parmi les personnes suivantes, laquelle préfériez-vous voir représenter l’UMP à l’élection présidentielle de 2017 ? »

Dans les deux cas, Alain Juppé arrive en tête avec respectivement 36 % et 38 % des réponses. C’est cohérent. Tout se complique après. Nicolas Sarkozy obtient 21 % avec l’Ifop et 27 % avec Odoxa. Comment expliquer ces six points d’écart ?

En fait, les deux sondages sont complètement différents. L’Ifop offrait comme réponse possible : « Aucune de ces personnalités », et cette proposition recueille 33 % des réponses. Rien de tel avec Odoxa qui a une liste fermée, d’où simplement 3 % de « sans opinion ». Liste fermée mais avec, cependant, plus de noms de candidats possibles qu’avec l’Ifop. Les deux instituts de sondage retiennent François Fillon (respectivement 6 % et 8 % des réponses) et Xavier Betrand (4 % et 6 %) ; Odoxa ajoute Bruno Le Maire (11 %) et Nathalie Kosciusko-Morizet (7 %) – soit 18 % des réponses, à rapprocher des 33 % de l’Ifop (« Aucune de ces personnalités »). Il reste un écart de 15 points de pourcentage.

On peut sans doute faire l’hypothèse qu’avec l’Ifop, ceux qui ont retenu « aucune de ces personnalités » sont allés chercher leur candidat idéal dans un autre parti politique. Deux sondages, la même question, des propositions de réponses différentes et, au final, des résultats qui questionnent au point de se demander quel sondage est le plus pertinent.

Les Français sont formidables ! Ils ont un avis sur tout ! (29/09/2014)

Quand l’Ifop, pour Dimanche Ouest-France (cf. édition du 28 septembre 2014), demande à 1 000 personnes si elles sont favorables à la suppression du redoublement à l’école, 32 % répondent « oui » et 68 % répondent « non ».

Les Français sont formidables car 32 % + 68 % = 100 % : les 1 000 Français interrogés (on ne nous dit pas comment) ont tous un avis sur la question posée ! On peut espérer qu’ils l’ont tous bien comprise, et de la même façon.

En effet, la question est quand même « alambiquée » dans sa formulation et ceux qui ont répondu « oui », à quoi ont-ils finalement répondu ? A priori, ils sont favorables à ce que les élèves ne puissent plus redoubler. C’est bien cela qu’il faut comprendre ? À part au moins les 1 000 ayant répondu au sondage – espérons-le –, on peut quand même se prendre la tête pour comprendre le sens de la question posée. Sa formulation, d’ailleurs, n’est pas si neutre que cela.

Sur le fond, peut-on réduire une question d’éducation à une réponse sans nuance possible, par « oui » ou par « non » ? Fort heureusement, les déclarations de la ministre, Najat Vallaut-Belkacem, permettent à Dimanche Ouest-France de poser les bases d’un réel débat. Il en est de même avec les quelques lignes de commentaires du signataire de l’article, Philippe Simon.

Non, tout ne va pas si mal…La France se s’porte plutôt bien ! (29/09/2014)

Dire que tout va mal en France est devenu un sport national. Tout va mal ? Non ! Au moins un secteur d’activité résiste : le sport… Ce n’est pas anodin : si les sportifs de haut niveau, pour certains, ne font que brillamment leur travail et s’ils sont très bien rémunérés pour cela, ils n’existeraient pas sans des fondations solides avec des équipements, des associations – certaines employeurs –, et surtout des bénévoles, dirigeants, techniciens ou arbitres.

A comme… athlétisme : les Championnats d’Europe se sont déroulés en août à Zurich (Suisse). Avec vingt-trois médailles, dont neuf en or, la France se place au deuxième rang pour les médailles. Un peu moins bien que le Royaume-Uni (même nombre de médailles, trois médailles d’or en plus), mais la France devance l’Allemagne ou la Russie… On retiendra le record du monde de Yohann Diniz au 50 km marche. Dure à digérer : la disqualification de Mahiedine Mekhissi-Benabbad au 3 000 m steeple, mais il est capable de « rebondir » sur le 1 500 m après sa déconvenue, ce qui constitue le trait d’un grand athlète ! Renaud Lavillenie s’impose à la perche (il est recordman du monde depuis février avec un saut à 6 m 16). Christophe Lemaître n’apporte pas d’or, mais tout de même trois médailles, ce qui est le signe d’une grande classe. Benjamin Compoaré s’illustre au triple-saut, là où on n’est pas habitué à retrouver la France… Sans oublier Christelle Daunay, Éloyse Lesueur ou Antoinette Nana Djimou qui montent sur la plus haute marche du podium, respectivement au marathon (l’épreuve reine par excellence), au saut en longueur et en heptathlon (discipline qui exige technicité et polyvalence). La France a encore remporté le 4 x 400 m féminin (Marie Gayot, Floria Gueï, Muriel Hurtis et Agnès Raharolahy).

B comme… basket-ball : à la Coupe du monde en Espagne, en août et septembre, sans ses vedettes comme Tony Parker ou Joakim Noah, l’équipe masculine, championne d’Europe en 2013, nous a épatés, dès le premier tour, quand elle est revenue au score contre la Serbie (victoire 74-73)… À l’issue de ce premier tour, elle s’est qualifiée pour les quarts de finale au détriment de la Croatie (69-64). Sèchement battue en poule par l’Espagne (88-64) le 3 septembre, la France prend sa revanche sept jours plus tard en quarts de finale (65-52) : un succès qualifié par toute la presse comme étant « historique ». La défaite en demi-finale contre la Serbie laisse des regrets, mais l’équipe a puisé dans ses réserves, dès le lendemain, pour battre la Lituanie (95-93) et monter sur le podium avec une médaille de bronze : première médaille mondiale de la France ! N’oublions pas non plus l’équipe féminine, vice-championne d’Europe, qualifiée pour les Championnats du monde qui se disputeront en Turquie, fin septembre et octobre.

C comme… canoë-Kayak : à Deep Creek (États-Unis), en slalom K 1, les Français ont réalisé un triplé historique en raflant les trois premières places (Boris Neveu, Sébastien Combot et Mathieu Biazizzo), plus le titre par équipes.

Et comme… cyclisme : aux Championnats du monde sur piste, la France est le pays le plus titré depuis 1993 (130 médailles, dont 61 en or). À Cali, en Colombie, les trois titres mondiaux (sur dix attribués) du Mayennais François Pervis seraient-ils déjà oubliés ? Et sur route, au Tour de France, depuis combien de temps n’avait-on pas vu deux Français sur le podium : Jean-Christophe Péraud, deuxième, et Thibaut Pinot, troisième, meilleur jeune de l’épreuve ? Et Julien Absalon, pour la cinquième fois champion du monde en VTT cross-country le 6 septembre, en Norvège, n’accumule-t-il pas les trophées ? Plus discrètement, la France remporte le titre mondial en relais VTT, une épreuve de cross-country par équipes avec une femme (en l’occurrence Pauline Ferrand-Prévot) et trois hommes de trois catégories d’âge différentes (Jordan Sarrou, Hugo Pigeon et Maxime Marotte)… Pauline Ferrand-Prévot est une championne polyvalente : le 27 septembre, à Ponferrada (Espagne), dix-sept ans après Jeannie Longo, elle a décroché le titre mondial en cyclisme sur route.

E comme… équitation : en août et septembre, la Basse-Normandie a accueilli les Jeux équestres mondiaux. La France s’est distinguée avec Jacques Ferrari et Poivre Vert, médaille d’or en voltige. Quatre titres de vice-champion en saut d’obstacles (individuel et par équipes), en endurance par équipes et également en voltige.

Et comme… escrime : en juin, à Strasbourg, seuls douze titres étaient en jeu aux Championnats d’Europe, et ne boudons pas notre plaisir avec la victoire française au fleuret par équipes.

F comme… football : l’équipe de France masculine était-elle à la dérive ? Là voilà au Brésil quart de finaliste de la Coupe du monde. Elle s’incline 1-0 contre l’Allemagne, vainqueur du titre, échappant à l’ « humiliation » comme a pu la connaître le Brésil, pays hôte et grande nation du ballon rond (défaite 7 à 1 en demi-finale !). L’équipe féminine disputera sa Coupe du monde au Canada en 2015 : elle termine première de sa poule de qualification (neuf victoires sur neuf matchs).

H comme… handball : en janvier, au Danemark, l’équipe de France masculine est championne d’Europe au détriment du Danemark, pays hôte et tenant du titre. Score final : 41 à 32. Marquer plus de quarante buts à une telle finale internationale constitue un record historique ! Et Nikola Karabatic est désigné meilleur joueur de la compétition... L’équipe de France féminine est qualifiée pour les Championnats d’Europe qui se disputeront en décembre en Croatie et Hongrie.

J comme… judo : en août, aux Championnats du monde qui se sont déroulés en Russie, la France est au deuxième rang des médailles, juste derrière le Japon. Inoubliable, historique également, le sixième titre mondial de Teddy Riner chez les plus de 100 kg, son septième titre mondial au total. Cette performance ne doit pas éclipser la victoire par équipes des femmes.

L comme… lutte : le 12 septembre, à Tashkent, en Ouzbékistan, Mélonin Noumonvi a été couronné champion du monde de lutte gréco-romaine chez les moins de 85 kg. Et la France hérite de l’organisation des Championnats du monde 2017.

N comme… natation : en août, se sont disputés les Championnats d’Europe à Berlin (Allemagne). Cinq médailles d’or, dont trois pour le « monstrueux » Florent Manaudou qui porte actuellement la natation française, sans oublier la médaille d’or du 4 x 100 m nage libre où Florent Manaudou était associé à Fabien Gilot, Mehdy Metella et Jérémy Stravius.

P comme… penthlaton moderne : cette discipline olympique réunit l’escrime, la natation, l’équitation et un combiné course à pied et tir au pistolet. Début septembre, en Pologne, Valentin Belaud et Valentin Prades ont décroché le titre mondial en relais.

R comme… rugby : en août, la France a accueilli la Coupe du monde féminine de rugby à XV. L’équipe nationale a volé de succès en succès avant de s’incliner en demi-finale contre le Canada. Elle prend la troisième place face à l’Irlande.

T comme… tennis : en Coupe Davis, laquelle réunit les seize meilleures équipes mondiales, la France a successivement battu l’Australie (5-0), l’Allemagne (3-2), puis, les 12-14 septembre, la République tchèque, vainqueur en 2012 et 2013. Richard Gasquet et Jo-Wilfried Tsonga ont permis à la France de mener rapidement 3-0. La victoire de Richard Gasquet sur Tomás Berdych a mis l’équipe française sur les bons rails. Elle disputera la finale les 21-23 novembre contre la Suisse. Pour l’équipe de France, sa dernière participation à une finale remonte à 2010 ; sa dernière victoire à 2001.

T comme… tennis de table : difficile de s’imposer en seniors face à l’armada asiatique, et surtout chinoise. En tout cas, les jeunes ne sont pas passés inaperçus à leurs Championnats d’Europe en Italie : cinq titres en or, dont le titre individuel en juniors garçons, et par équipes en juniors filles et garçons, et en cadets. Prometteur ?

T comme… tir : à Grenade (Espagne), dans les disciplines olympiques, Anthony Terras est médaillé d’argent en skeet.

V comme… voile olympique : à Santander (Espagne), trois titres mondiaux avec Charline Picon, ainsi que Julien Bontemps, en planche RS :X, et avec Billy Besson et Marie Riou en Nacra 17.

Et comme… volley-ball : en Pologne, l’équipe de France masculine a disputé les Championnats du monde (août et septembre). Elle a terminé première de son groupe du premier tour avec quatre victoires sur cinq matchs (Porto-Rico, États-Unis, Iran et Belgique). Sur la lancée, au deuxième tour, elle a successivement battu l’Argentine, l’Australie, la Serbie, et termine à nouveau première de son groupe… Elle entre dans le tableau final avec cinq autres équipes, dont l’Allemagne et l’Iran qu’elle a battues pour entrer dans le dernier carré. Elle perd en demi-finale contre le Brésil puis, pour la médaille de bronze, contre l’Allemagne, mais se maintenir parmi les quatre meilleures équipes mondiales reste un exploit.

Si Yohann Diniz ou Renaud Lavillenie, François Pervis ou Julien Absalon, ou encore Nikola Karabatic, Teddy Riner ou Florent Manaudou, et tous les autres, sont des arbres qui cachent la forêt, que les arbres sont grandioses ! Et la forêt pourrait-elle ne pas être belle ?

 

Cherchez l’erreur dans le sondage Ifop-JDD.Ce que les Français reprochent au président (08/09/2014)

Dans Le Journal du Dimanche (JDD) du 7 septembre 2014, un sondage Ifop-JDD constitue « l’événement » des pages 2 et 3. À défaut de pouvoir immédiatement accéder au dossier complet sur ce sondage, on doit se contenter de ce qu’en publie l’hebdomadaire du groupe Lagardère.

A priori, la première question portait sur « ce que les Français reprochent à François Hollande ». Il n’est sûrement pas anodin qu’un sondage financé par le JDD néglige de préciser que François Hollande est le président de la République. En effet, il est plus facile de critiquer une politique quand la fonction de l’homme censé l’incarner est désacralisée.

Les interviewés ne pouvaient donner qu’une seule réponse (comme si on ne pouvait pas reprocher plusieurs choses à François Hollande), et ils avaient le choix entre « les promesses non tenues de sa campagne présidentielle » (33 % des réponses), « la manière dont il exerce la fonction présidentielle » (24 %), « le manque de résultats obtenus sur le plan économique » (19 %), « la progression du nombre de chômeurs » (10 %), enfin « l’exposition de sa vie privée » (5 %). Seuls 9 % n’ont pas de critique particulière.

Une autre question portait sur ce que doit faire François Hollande dans les prochains mois. Et là, les journalistes vont jusqu’à communiquer les résultats selon le parti politique duquel les sondés se sentent le plus proches. Ainsi, ils sont 23 % à considérer que François Hollande devrait « provoquer de nouvelles élections législatives ». On apprend alors que le taux est de 46 % au FN et de 31 % à l’UMP. Mais chez les sympathisants de gauche ?

Dans le chapeau du « dossier », le JDD reprend l’information : « Près d’un Français sur quatre estime que François Hollande devrait dissoudre l’Assemblée »… comme si « provoquer de nouvelles élections législatives » et « dissoudre l’Assemblée » étaient la même chose ! En politique, oui, mais pas en sociologie : si la formulation avait retenu la « dissolution », le taux aurait été beaucoup plus faible (biais lié au choix du vocabulaire), mais un taux plus faible aurait eu moins d’intérêt si l’objectif est d’ « accrocher » le lecteur.

Mais revenons à la première question : « Ce que les Français reprochent à François Hollande » et donc, cherchez l’erreur… Tout simplement, le sondage ne cherche pas à voir « ce que les Français approuvent chez le président de la République, François Hollande ». La politique internationale de la France, par exemple, est-elle si catastrophique que cela ?

Sondage sur le moral des Français : au fait, quelle était la question ? (08/09/2014)

« 56 % des Français sont pessimistes », annonce Dimanche Ouest-France à la une de son édition du 7 septembre 2014. « Un Français sur deux n’a toujours pas le moral », titre l’hebdomadaire en page 5. La source est un sondage par téléphone que l’Ifop réalise à intervalles réguliers pour Dimanche Ouest-France. Comme le sondage porte également sur la confiance dans l’action du gouvernement, on conclut tout naturellement que le pessimisme des Français résulte de la politique gouvernementale.

C’est une conclusion un peu rapide… mais Pascale Monnier, qui commente les résultats du sondage, n’écrit rien pour éviter cet amalgame. Au contraire ! N’aurait-elle pas dû, au minimum, préciser quelle question avaient posée les enquêteurs de l’Ifop ? En l’occurrence : « En pensant à l’avenir, pour vous et vos enfants, diriez-vous que vous êtes très optimiste, plutôt optimiste, plutôt pessimiste ou très pessimiste ? »

Si les Français qui ont répondu ont bien entendu la question, ils se sont exprimés « en pensant à l’avenir », peut-être au réchauffement climatique, à la raréfaction des énergies, aux risques terroristes dans le monde, etc. – en aucun cas par rapport à la politique immédiate du Gouvernement. De toute façon, les Français sont ni plus ni moins pessimistes – ou optimistes – qu’il y a un an. Voilà deux raisons de ne pas matraquer le Gouvernement en place, encore fallait-il présenter objectivement ce sondage et ses résultats.

Sondages et interprétations. Éclatement du PS… entre plusieurs courants ! (01/09/2014)

Le Journal du Dimanche (JDD), dans son édition du 31 août 2014, titre : « Six socialistes sur dix prévoient l’éclatement de leur parti ». C’est un raccourci grotesque. Rappelons que l’hebdomadaire est édité par Hachette Filipacchi Associés SNC, du groupe Lagardère.

L’article incriminé porte sur les résultats d’un sondage réalisé par l’Ifop pour le JDD, les 29 et 30 août. Les interviews, auprès de 1007 personnes, ont eu lieu par téléphone auprès d’un « échantillon représentatif ».

« Six socialistes sur dix », annonce le JDD, mais c’est inexact : il s’agit en réalité des « sympathisants du PS » (et le taux est exactement de 64 %).

L’auteur de l’article, Bruno Jeudy, l’un des rédacteurs en chef du JDD, évoque dans ses commentaires « le risque d’éclatement du Parti socialiste », « le pronostic d’une mort du PS », « un virage social-démocrate (…) qui fait imploser le parti »

Bref, le PS est mort et enterré… Mais quelle question les enquêteurs de l’Ifop ont-ils précisément posée : « Selon vous, le Parti socialiste court-il le risque d’ici 2017 d’éclater entre plusieurs formations ou courants ? »

Le JDD et Bruno Jeudy trompent leur lectorat car « éclater entre plusieurs formations ou courants », bien entendu, ce n’est pas éclater tout court. Il n’échappe à personne que déjà, à l’intérieur du PS, existent plusieurs courants. Comme à l’UMP ou à l’UDI d’ailleurs.

 

Le Front National ne peut pas pavoiser à Laval (01/04/2014)

2 787 voix en 2012 au premier tour de l’élection présidentielle (Marine Le Pen)… Plus que 1 977 voix en 2014 au premier tour des élections municipales (Laval mieux vivre)… Plus que 1 499 voix au second tour… Le Front National compte certes un élu au conseil municipal, mais le parti d’extrême droite peut difficilement se réjouir de son érosion électorale à Laval.

Les Lavallois, sans doute perturbés et un peu perdus par les accusations, critiques et objections qui ont fusé de toutes parts, ont boudé les urnes pour ces élections municipales. Les candidats n’ont réussi à ramener que quelque 900 électeurs supplémentaires au second tour par rapport au scrutin du dimanche précédent. À Laval, plus d’un électeur sur trois (34 %) ne s’est pas déplacé le 30 mars. Plus de 11 000 non votants. C’est plus que les voix obtenues par la liste gagnante (environ 10 500).

Dans le même temps, entre les deux tours, le Front National a perdu près de 480 voix. Peut-être des électeurs ont-ils renoncé car la liste de Jean-Christophe Gruau, avec ces 10 % du premier tour, pouvait difficilement bousculer les deux listes d’union, celle de la droite et celle de la gauche ?

Peut-être certains électeurs sont-ils revenus, au second tour, après un vote dit « protestataire », vers les listes portées par les partis politiques majoritaires dans le pays ?

Peut-être le discours et la gesticulation de la liste « Laval mieux vivre », soutenue par le Front National, ont-ils fait douter certains citoyens de sa capacité à développer le « mieux vivre ensemble » à Laval ?

Dans une ville comme Laval, que, tout de même, au second tour, quelque 1 500 citoyens confirment leur adhésion aux thèses du Front National, ne peut laisser les démocrates indifférents.

 

Les péripéties à Deux-Évailles nous le confirment
Une double condition pour être élu(e) au conseil municipal (01/04/2014)

Dans les communes de moins de 1 000 habitants, outre le fait d’être obligatoirement candidat(e) pour être élu(e), il faut remplir deux autres conditions pour siéger au conseil municipal.

Anne-Marie Grimault, première adjointe sortante à Deux-Évailles (213 habitants), était la seule candidate au premier tour. Elle a obtenu 100 % des voix exprimées (première condition), mais n’a pas rempli la seconde condition : recueillir un nombre de suffrages au moins égal au quart des électeurs inscrits. À Deux-Évailles, 151 inscrits. Or, l’unique candidate n’obtient que 37 voix, et il lui en fallait 38 pour être élue !

On connaît la suite de l’histoire (et nous n’entrerons pas dans les causes !) : comme il y avait au premier tour une seule candidate pour onze places et qu’il restait onze conseillers municipaux à élire, la préfecture peut recevoir de nouvelles candidatures. C’est ce qui s’est passé : une liste de onze candidats, ignorant la première adjointe sortante, se présente, et la liste est entièrement élue. Cette fois-ci, Anne-Marie Grimault n’obtient que 27 voix…

 

Quinze étrangers élus en Mayenne dans les communes de moins de 1 000 habitants (01/04/2014)

Les citoyens de nationalité étrangère, s’ils sont ressortissants de l’Union européenne, peuvent être candidats aux élections municipales mais, s’ils sont élus, ils ne peuvent être maire ou adjoint. En Mayenne, dans les communes de moins de 1 000 habitants, il y avait 2 408 conseillers municipaux à élire et on comptait dix-sept candidats de nationalité étrangère. Quinze d’entre eux ont été élus (et pour quelques-uns réélus).

Les chiffres sont trop peu élevés pour en dégager des enseignements sur l’accueil réservé à ces candidatures de citoyens de la commune, mais de nationalité étrangère.

Sur les quinze élus étrangers dans les communes de moins de 1 000 habitants, huit ne pouvaient pas ne pas l’être car il y avait exactement autant de candidats que de postes à pourvoir.

Dans les communes de moins de 500 habitants, en l’occurrence devant élire onze conseillers municipaux, il y avait ainsi juste le nombre de candidats pour le nombre de postes, à Chevaigné-du-Maine, Couptrain, Hardanges, Montflours et Saint-Céneré. Les candidats (trois Britanniques, une Allemande et un Néerlandais) sont élus aux 4e, 6e, 7e, 8e et 11e places, avec de 75,7 % à 91,4 % des voix.

Dans les communes de 500 à 999 habitants (quinze conseillers municipaux à élire), deux Britanniques – à Chantrigné et Gesvres – et un Néerlandais – à Maisoncelles-du-Maine – étaient également certains d’être élus. Deux le sont à la 4e place et un à la 8e place.

Au final, sont ainsi élus le Britannique Paul Stafford, à Chantrigné ; le Britannique Helen Bennett, à Chevaigné-du-Maine ; le Britannique Michaël Dodd-Noble, à Couptrain ; la Britannique Janet Gibson, à Gesvres ; la Britannique Pamela Miles, à Hardanges ; le Néerlandais Jürgen Verleur, à Maisoncelles-du-Maine ; la Néerlandaise Petronella Schneider, à Montflours ; et l’Allemande Carola Echard, à Saint-Céneré.

Gagner sa place

La situation était plus incertaine pour neuf autres candidats étrangers (dont deux ne seront pas élus).

Averton : 20 candidats pour 15 places. Conseillère municipale sortante, la Britannique Shirley Croucher est élue dès le premier tour, à la 9e place, avec 72,5 % des voix (elle figurait sur une liste ouverte de dix-huit candidats).

Brée : 24 candidats pour 15 places. Le Belge Valentin Lemaire s’est présenté sur la liste du maire sortant, et il est facilement élu, dès le premier tour, à la 3e place, avec 83,7 % des voix.

Carelles : 13 candidats, sur une même liste, pour 11 places. Deux candidats britanniques vont tous les deux, avec un troisième candidat, au second tour. Alison Benn est élue, mais donc pas son concitoyen.

Housseau-Brétignolles : 12 candidats pour 11 places (un candidat se présentant seul). La Britannique Clare Leavett est élue en 9e position avec 70,4 % des voix.

Saint-Aubin-du-Désert : 22 candidats pour 11 places. Le Britannique Raymond Bode est élu de justesse, au 11e rang, à une voix près, sur la liste du maire sortant. Une liste concurrente compte un élu.

Saint-Ellier-du-Maine : 27 candidats pour 15 places. La Britannique Holly Bartley est élue au second tour, avec 51,4 % des voix. La liste à laquelle elle appartient compte cinq élus au total.

Saint-Mars-du-Désert : 19 candidats pour 11 places. La Britannique Diana Ellis est élue au 5e rang sur la liste du maire sortant.

Saint-Pierre-sur-Orthe : 22 candidats pour 11 places. La Britannique Julie Newell se présentait sur une liste comprenant deux adjoints sortants, mais le maire conduisait sa propre liste. Julie Newell n’obtient que 40,2 % des voix et n’est pas élue.

 

2012-2014 : les leçons fronto-lavalloises de deux scrutins électoraux (24/03/2014)

À Laval, Jean-Christophe Gruau et les candidats de la liste Laval mieux vivre, soutenue par le Front National, exultent : ils seront au second tour des élections municipales, ayant dépassé le taux des 10 %.

La liste d’extrême droite a obtenu 1 977 voix, soit 810 voix de moins que Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Celle-ci avait obtenu 2 787 voix (10,85 %). Il est difficile, dans ces conditions, d’évoquer une poussée du Front National à Laval !

Plus préoccupant que les 1 977 voix pour la liste soutenue par le Front National, c’est la faible mobilisation des électeurs lavallois alors qu’ils avaient réellement un choix possible : cinq listes étaient en présence.

Le nombre d’électeurs inscrits est quasiment identique entre 2012 et 2014 (– 151 inscrits). Par contre, il y avait eu 26 245 votants au premier tour de 2012… et il y en a eu seulement 20 292 au premier tour des élections municipales, soit une diminution d’environ 6 000 votants.

Après tout, peut-être valait-il mieux qu’ils s’abstiennent plutôt que de voter pour une liste d’extrême droite !

À quand une amende pour sanctionner les citoyens qui négligent leurs devoirs civiques : une amende de 10 euros, cela aurait rapporté près de 60 000 euros à l’État…

 

Quelque 5 000 candidat(e)s en Mayenne pour un peu moins de 3 800 places (18/03/2014)

Nous avons utilisé les listes de candidats aux élections municipales publiées par la Préfecture de la Mayenne ([1]) pour dégager quelques informations. Dans les communes de plus de 1 000 habitants (scrutin de liste), les candidats apparaissent par liste et dans l’ordre de présentation sur les bulletins de vote. Dans les communes de moins de 1 000 habitants, ils sont communiqués par ordre alphabétique.

Nous perdons ainsi une information importante : les candidats sont-ils tous sur la même liste ? Sur plusieurs listes concurrentes ? Y a-t-il des candidats « papillons » (qui se présentent seuls) ? Nous formulons le vœu que dans six ans, les services préfectoraux puissent apporter une information plus complète.

Les jeux sont faits dans 161 communes

Dans les communes de moins de 1 000 habitants, quand il y a autant de candidats que de postes à pourvoir (en Mayenne, soit onze, soit quinze), les candidats sont sûrs d’être élus. Par contre, les candidats n’auront pas nécessairement le même nombre de voix car s’il est impossible de rajouter le nom d’un non-candidat sur le bulletin de vote, on peut toujours rayer celui d’un ou plusieurs candidats.

L’enjeu est donc plus de savoir s’il y aura ou non un second tour. Deux conditions cumulatives pour être élu dès le premier tour : avoir obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés et un nombre de suffrages au moins égal au quart des électeurs inscrits.

Dans les communes de plus de 1 000 habitants, chaque candidat d’une même liste aura le même nombre de voix (impossibilité de rayer un nom et d’en rajouter un, impossibilité de panacher). S’il n’y a qu’une seule liste, il n’y a qu’un seul tour.

À la pêche de vingt-cinq candidats pour sept communes

Dans toutes les communes de plus de 1 000 habitants, il y a au moins une liste et elles sont donc assurées d’avoir un conseil municipal au complet. La situation est moins favorable dans sept communes de moins de 1 000 habitants. À Deux-Évailles, une seule candidate pour onze postes, et à Athée, seulement neuf candidats pour quinze postes. Il manque trois candidats à Saint-Michel-de-la-Roë et à Saint-Quentin-les-Anges ; un seul à Ballée, Gastines et Ménil. Les communes concernées, en l’occurrence, sont plutôt situées dans le sud de la Mayenne.

A contrario, parmi les communes de moins de 1 000 habitants, il y en a douze qui ont au moins le double de candidats par rapport aux postes à pourvoir : Alexain, Beaulieu-sur-Oudon, Bierné, Chalons-du-Maine, Daon, Fromentières, Laigné, Parigné-sur-Braye, Ruillé-Froid-Fonds, Saint-Aubin-du-Désert, Saint-Christophe-du-Luat et Saint-Pierre-sur-Orthe. On peut supposer que dans ces communes deux listes s’opposent.

Dans les 69 communes soumises au scrutin de liste, s’il n’y a qu’une seule liste dans 36 communes, on en compte deux dans 29 communes ; trois à Bonchamp-lès-Laval, Château-Gontier et Craon ; cinq à Laval.

Des progrès à faire pour la parité femmes / hommes

Les communes de moins de 1 000 habitants (pour lesquelles la parité femmes / hommes n’est pas obligatoire) vont élire quelque 2 400 conseillers municipaux. Dans les faits, il y a 2 724 candidats déclarés et, parmi ceux-ci, 1 060 femmes (39 %) et 1 664 hommes (61 %).

Les femmes seront au moins majoritaires à La Bazouge-de-Chemeré (10 femmes et 5 hommes) et, dans une moindre mesure, à Mézangers (9/5), Chevaigné-du-Maine, La Boissière et La Roë (7/4). À Senonnes, il y a huit femmes et quatre hommes, mais cela fait donc douze candidats pour onze places…

13 % des têtes de liste sont des femmes

Les listes sont paritaires dans les communes de plus de 1 000 habitants… mais, en France, 83 % des têtes de liste sont des hommes. En Mayenne, parmi les 108 listes, seules quatorze sont conduites par une femme (soit 13 % – ce qui est proche de la moyenne nationale).

Dans six communes, il y a une seule liste et la tête de liste est une femme : Ahuillé, Le Genest-Saint-Isle, Louvigné, Meslay-du-Maine, Quelaines-Saint-Gault, Saint-Denis-de-Gastines. À Bais, nous avons deux listes et deux têtes de listes qui sont des femmes : la députée Sylvie Pichot et la conseillère générale Marie-Cécile Morice.

Vingt-trois candidats ressortissants de l’Union européenne

Depuis les élections de 2001, les étrangers issus d’un pays de l’Union européenne peuvent être candidats (mais ils ne peuvent pas être élus maire ou adjoint).

Vingt-trois candidatures sont ainsi enregistrées, essentiellement des Britanniques (seize), et avec un peu plus de femmes que d’hommes.



([1]) – Cf. CÉAS-point-com n° 541 du 14 mars 2014.

 

Wikipédia, démocratique et universelle, et l’Ukraine :
tout va très bien au pays de Viktor Ianoukovytch ! (21/01/2014)

Ce 20 janvier 2014, voulez-vous tout savoir sur l’Ukraine ? Vous avez prévu de passer vos vacances en Europe de l’Est et pourquoi pas un petit tour par la capitale du pays, Kiev, bien connue pour son Dynamo ?

Pour découvrir ce pays, bon nombre auront comme premier réflexe de recourir à Wikipédia. L’article de l’encyclopédie sur l’Ukraine développe diverses rubriques, et en particulier une sur l’histoire : ainsi, pour le seul XXe siècle, on apprend que l’Ukraine fut une république populaire de 1917 à 1920, une république socialiste soviétique de 1920 à 1991, puis acquit son indépendance. L’Ukraine est aujourd’hui une « démocratie parlementaire » où le Parlement est monocaméral (une seule Chambre : la Rada).

Wikipédia présente l’élection présidentielle de 2004 (élection de Viktor Iouchtchenko), les élections législatives de 2006 et 2007, et, enfin, l’élection présidentielle de 2010. Pour cette élection, l’encyclopédie mentionne la nécessité d’une référence. On la comprend : « Après dépouillement de 98,09 % des bulletins, précise Wikipédia, Viktor Ianoukovytch semble emporter le second tour du 7 février avec 48,53 % des voix contre 45,88 % pour Ioulia Tymochenko ».

C’était en 2010 et nous sommes en 2014. Peut-on croire que les 1,91 % des bulletins non dépouillés ne le sont toujours pas ? Peut-on croire qu’on ne sait toujours pas si Viktor Ianoukovytch a bien remporté ce second tour ?

L’histoire ukrainienne s’arrête en mars 2010 avec l’accès de Mykola Azarov au poste de Premier ministre. Après tout, nul n’a besoin de savoir, par exemple, que Ioulia Tymochenko rejoint les geôles ukrainiennes… Que l’article de Wikipédia fasse l’impasse sur la défaite du pays face à la France pour la qualification à la Coupe du monde de football, on peut comprendre. Mais en politique intérieure, ne s’est-il vraiment rien passé – à part l’emprisonnement de l’ancienne Première ministre – depuis 2010 ?

Interdiction des cortèges de plus de cinq voitures

Certes, un autre article (sans lien informatique direct) développe les « manifestations pro-européennes de 2013 en Ukraine ». L’article s’arrête le 29 décembre 2013 : « Des milliers de manifestants ont défilé à Kiev et ont marché en direction de la résidence du président Ianoukovytch »… Et en 2014, ne s’est-il rien passé ?

Pourtant, Le Monde, dans son édition du 18 janvier 2014, évoque l’adoption de textes qui étouffent « Euromaïdan », la contestation antigouvernementale au centre de Kiev depuis deux mois ; policent la sphère médiatique, en protégeant les cadres du régime contre les révélations sur leur train de vie ; suivent l’exemple de la Russie en pointant les « agents étrangers », soit les organisations non gouvernementales soutenues à l’extérieur des frontières. L’un des textes adoptés, ajoute le quotidien, explique que la pratique généralisée de la diffamation est « un moyen de lutte politique », qui « influe sur l’état moral de la société et porte atteinte à l’autorité des organes de l’État ». Selon Le Monde, il sera même interdit de former un cortège de plus de cinq voitures sans autorisation, sous peine de privation du permis pendant deux ans et de saisie du véhicule…

Quelque 200 000 Ukrainiens sont encore descendus dans les rues le week-end précédent. Sans doute faudra-t-il attendre plusieurs années pour que Wikipédia colle à l’actualité de janvier 2014 ? Avec l’espoir, à court terme, que l’ « encyclopédie » ne soit pas la source exclusive d’information pour les citoyens.

Intercommunalité : y'a du boulot à faire ! (04/11/2013)

Selon un sondage de l’Ifop pour l’Assemblée des Communautés de France, réalisé du 4 au 6 septembre 2013 auprès d’un échantillon représentatif de 1001 personnes, 27 % des Français ne savent pas si leur commune appartient à une structure intercommunale.

Et parmi les 73 % qui estiment que leur commune appartient à une structure intercommunale, seulement 46 % déclarent savoir qui est le (la) président(e) de cette communauté.

Le sondage n’allait pas jusqu’à vérifier si les réponses étaient justes !

En tout cas, avec de tels chiffres, on ne s’étonnera guère que les 73 % estimant que leur commune appartient à une structure intercommunale, pensent qu’il serait « très utile » (pour 58 % d’entre eux) ou « assez utile » (35 %) d’organiser une campagne d’information pour mieux expliquer le fonctionnement et les enjeux de leur intercommunalité.

Le sondage ne dit pas quelle est la part de ceux qui viendraient participer à une réunion d’information, ni même, d’ailleurs, quelle est la part de ceux qui envisagent de voter aux prochaines élections…

Entre "secondes" ou "deuxièmes" Assises, le secteur de la librairie veut y croire (04/06/2013)

Après Lyon en 2011, Bordeaux a accueilli les Rencontres nationales de la librairie, les 2 et 3 juin 2013. Plus de sept cents libraires ou professionnels du livre y ont participé... sur fond de "situation économique qui se dégrade" et d'"environnement en profonde mutation".

En langue française, on écrira la "Seconde Guerre mondiale", et non la "Deuxième"... car on espère bien qu'il n'y en aura pas une troisième !

Présentant les Rencontres nationales de Bordeaux, Livres Hebdo, magazine des acteurs du livre, mentionne la "seconde" édition de ces Rencontres nationales (page... 13) : une inquiétante prémonition ? Dans la même page, Matthieu de Montchalin, président du Syndicat national de la librairie, se veut résolument plus optimiste : il évoque – sans aucune équivoque – des "deuxièmes" Rencontres "tournées vers l'avenir". Donc, envers et contre tout, rendez-vous dans deux ans pour de "troisièmes Rencontres", et alors, plus aucune ambiguïté possible.

France Info, spécialiste des maisons de retraite :
un beau bâtiment, c'est plus important que la chaleur humaine ! (27/05/2013)

Le mercredi 22 mai 2013, France Info a révélé en exclusivité son classement 2013 des « maisons de retraite ». « Quelque 10 400 établissements, publics, privés et associatifs, visités et notés, peut-on lire sur le site Internet de France Info (1), sont passés au crible, le fruit d’une enquête de huit années. Que nous apprend ce classement ? Quels sont les départements les mieux notés ? Combien de maisons de retraite obtiennent 10/10 ? » Pour booster ses ventes, la presse écrite s’est lancée depuis plusieurs années dans des palmarès. Le résultat est souvent piteux, mais on peut comprendre l’enjeu commercial…

Par contre, qu’une radio publique d’information se lance dans une telle opération, voilà qui est déconcertant ! Au moins attendrait-on d’une radio publique qu’elle valide un travail irréprochable – c’est loin d’être le cas !

Parmi les protagonistes de l’opération, on trouve David Jacquet, coresponsable de l’enquête, et Patrick Lelong, journaliste au service économique de France Info. Tout est ici un méli-mélo entre une radio publique, une société d’édition (J.T.L. Éditions, Paris) et, à l’intérieur de celle-ci, un « service d’informations, de conseils et d’orientation vers une maison de retraite », « Maison De Retraite Sélection » (MDRS), dont on perçoit difficilement quel est le statut. Au final, une promotion exceptionnelle par France Info, un site Internet où l’on retrouve le classement des « maisons de retraite » et les fiches descriptives (www.maison-retraite-selection.fr/) et, enfin, un ouvrage que David Jacquet et Patrick Lelong publient aux éditions J.T.L. (dont le premier est apparemment le gérant) : Le Guide de la dépendance – Mieux vivre le 4ème Âge et le handicap. La quatrième édition est parue en avril 2012 : 600 pages, dont de pleines pages de publicité (29 euros).

Autant de moyens mobilisés pourrait donner à penser qu’on peut accorder du crédit à cette initiative. On pourrait même penser qu’il s’agit d’un vrai service rendu au public, mais aussi aux établissements eux-mêmes puisqu’on irait porter un regard distancié sur leurs prestations…

Une méthodologie douteuse

D’emblée, on peut regretter que les auteurs mélangent, sous le titre « maisons de retraite », des établissements aussi différents que peuvent l’être des unités de soins de longue durée (USLD), des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des résidences services, des logements foyers ou même des maisons d’accueil rurales pour personnes âgées (Marpa)…

En réalité, la démarche n’est pas crédible. Elle est même déloyale vis-à-vis des équipes professionnelles. Pour décréter que tel établissement est « excellent » ou, au contraire, qu’il est « médiocre », « déconseillé », « à fermer »… les auteurs s’appuient sur une et une seule visite, d’ailleurs anonyme. « Notre but n’est pas de piéger les établissements, mais de ne pas bénéficier d’accueil privilégié, ni de susciter de crainte »… Soit !

Cela veut dire aucun contact avec les résidents, les familles, différents professionnels de l’établissement, les organismes de tutelle… Pas de rencontre avec le Conseil de la vie sociale (son existence même ne fait d’ailleurs pas partie des critères d’évaluation)… Aucune consultation de sources documentaires (projet d’établissement, enquêtes de satisfaction, rapports d’évaluation…). C’est vrai que cela prendrait du temps !

Une et une seule visite, et anonyme… et dont la date peut remonter à plusieurs années, comme si aucune évolution, dans un sens ou dans l’autre, ne pouvait intervenir !

Par exemple, tel établissement aujourd’hui flambant neuf, est présenté comme « un bâtiment très vieux » avec des chambres qui n’ont pas de douche et des lieux de vie qui « n’ont ni confort, ni charme »… Mais la date de la visite n’explique pas tout : tel autre établissement obtient un très moyen 5/10. Normal : « Les animations sont rares ». Pourtant, cet établissement est connu dans toute la France pour son association d’ « amis » qui comprend une soixantaine de bénévoles ! On pourrait multiplier les exemples…

Les critères favorisent le privé lucratif

Le barème de notation et d’évaluation, sur dix points, en accorde cinq à l’environnement de l’établissement et aux locaux mêmes. Concrètement, les enquêteurs sont manifestement plus sensibles au cadre qu’à la qualité de vie et de soins.

On comprend ainsi que le « palmarès » fait la part belle aux établissements privés à but lucratif qui ont pratiquement tous pour caractéristique, historiquement, d’être des constructions récentes. Les tarifs, c’est autre chose…

Tout de même surprenant qu’un Guide de la dépendance n’accorde qu’un seul point à l’ « attention du personnel » (disponibilité, dévouement, chaleur humaine) – évaluée de façon complètement subjective à l’occasion d’une seule visite qui ne permettra pas d’entrer dans l’intimité de la relation et du soin.

De fait, on attendrait un intérêt tout particulier aux pratiques de soins. Eh bien non ! Le seul indicateur qui s’en approche, c’est la « médicalisation ». Pour les auteurs (et donc France Info qui cautionne), un bon établissement, c’est un établissement qui emploie « kinésithérapeute, ergothérapeute, musicothérapeute, psychomotricien, diététicienne »… Et les compétences de chacun importent peu : on peut rudoyer les résidents, ce n’est pas une préoccupation essentielle des enquêteurs !

Au demeurant, les notes attribuées sont « pondérées par l’impression générale ». Cela fait penser aux sondages politiques ! Jusqu’à quelle hauteur l’impression générale peut-elle modifier la note attribuée ? Sans doute un secret maison.

« Nous ne venons pas du milieu médico-social », reconnaissent les auteurs. Pourrait-on leur conseiller d’élargir les compétences de leur équipe, ou bien d’acquérir eux-mêmes ces compétences, mais en tout cas de faire quelque chose ?

Sur le site Internet de MDRS, un chapitre sur la médicalisation est instructif. Le médecin coordonnateur devient « coordinateur ». Ses fonctions pourraient prêter à débat (« il suit les résidents, coordonne les soins, renouvelle les ordonnances »). Infirmiers et aides-soignants sont forcément des femmes. Et, surtout, on a toujours affaire à la « Ddass » - et non pas à l’Agence régionale de santé, ce qui est le cas tout de même depuis plusieurs années (2010) !

Ce prétendu classement 2013 des « maisons de retraite »  ressemble bien à une opération promotionnelle douteuse, favorable à une catégorie d’établissements. Volontairement ou non, l’indigence de l’analyse porte préjudice à d’autres établissements dont les prestations éventuellement de qualité n’ont pu qu’échapper à des enquêteurs très pressés. Peut-on penser que le crédit de France Info s’en trouve consolidé ?

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(1)http://www.franceinfo.fr/liste/maison-de-retraite (consulté le 23 mai 2013).

Service civique : rien ne sert de proposer, il faut raison garder... (21/05/2013)

Patrick Hetzel, député UMP du Bas-Rhin, et une quarantaine de députés (dont le Mayennais Yannick Favennec, UDI) ont déposé une proposition de loi visant à rendre obligatoire le service civique… lequel repose aujourd’hui sur l’engagement volontaire.

On peut difficilement faire des reproches aux députés d’envisager une telle ineptie : en effet, en 2007, plusieurs candidats à l’élection présidentielle s’étaient prononcés en faveur d’une disposition similaire.

Les députés justifient leur proposition en s’appuyant sur « un récent sondage TNS Sofres » selon lequel « 89 % des anciens volontaires se disent satisfaits de leur mission ». C’est oublier un peu vite que la très grande majorité, forcément, préfèreraient un emploi intéressant, à durée indéterminée et à temps plein ! Finalement, toute l’argumentation des députés repose sur ce seul sondage auprès d’anciens volontaires satisfaits de leur expérience : c’est un peu rapide.

Les députés n’ont pas fourni un gros effort d’analyse et sont tombés dans la facilité. En particulier, ils ont oublié un point essentiel : pour chaque jeune qui effectue une mission de service civique, il faut nécessairement une structure d’accueil (collectivités territoriales, associations…). Et aussi un tuteur chargé du suivi de la mission et de l’accompagnement du jeune.

Il est facile de décider que le service civique devient obligatoire ; plus difficile et même quasi impossible de trouver les structures d’accueil. Ou alors il convient de supprimer tous les stages obligatoires dans le cadre des formations scolaires, universitaires, professionnelles… Et de supprimer tous les contrats aidés dans le secteur non marchand… Dans les deux cas, ce n’est pas dans l’air du temps, c’est même plutôt l’inflation.

Quand Luc Ferry veut jouer dans la cour des grands penseurs… (13/05/2013)

Hannah Arendt, film de la réalisatrice allemande Margarethe Von Trotta, est sorti dans les salles, en France, fin avril 2013. Dans Le Figaro du 9 mai 2013, Luc Ferry consacre sa chronique à « Hannah Arendt et la banalisation du mal ». Du film, on saura seulement qu’il a remporté « un succès retentissant en Allemagne ». C’est à Hannah Arendt même que Luc Ferry choisit de s’attaquer.

Le film met en scène Hannah Arendt (1906-1975), philosophe ou, comme elle préférait se présenter, professeure de théorie politique. Plus précisément, le film se focalise sur la période du procès de l’ancien officier SS Adolf Eichmann. Ce procès se déroule à Jérusalem en 1961. Hannah Arendt le couvre comme envoyée spéciale pour un magazine américain. Elle y publie une série d’articles en 1963, puis un ouvrage : Eichmann à Jérusalem – Étude sur la banalité du mal. Ses écrits soulèvent une importante polémique.

À l’occasion de la sortie du film, Luc Ferry croit utile d’ajouter sa contribution à cette polémique. Selon lui, Hannah Arendt « a commis dans cette affaire deux erreurs monumentales ». La première est de « n’avoir suivi qu’une partie infime du procès, à rebours de ce qu’elle s’était engagée à faire ». Luc Ferry livre-t-il un nouveau scoop ? Il a obtenu cette « information » directement de l’historien Raul Hilberg (1926-2007), qui avait publié, en 1961, La Destruction des Juifs d’Europe. Selon les « confidences » de Raul Hilberg à Luc Ferry, Hannah Arendt n’aurait assisté qu’au tout début du procès – ce qui l’amène à défendre une thèse (la banalité du mal) que Luc Ferry juge « absurde ».

Au demeurant – sans entrer dans le débat de fond –, citons Michelle-Irène Brudny-de Launay qui évoque, dans sa présentation de Eichmann à Jérusalem publié chez Gallimard (coll. « Folio/Histoire », 2012), une erreur que commet Raul Hilberg, « semble-t-il », sur la date à laquelle Hannah Arendt quitte Jérusalem au cours du procès. Michelle-Irène Brudny-de Launay s’appuie sur la correspondance entre Hannah Arendt et Karl Jaspers. Pour accréditer sa critique, Luc Ferry se contente du seul témoignage de Raul Hilberg, lequel prête forcément à caution du fait des relations entre l’historien et la philosophe.

Quoi qu’il en soit, un départ rapide de Jérusalem, au procès d’Adolf Eichmann, pourrait-il suffire à balayer d’un coup de plume toute la pensée d’Hannah Arendt, qu’elle met d'ailleurs plus d’une année à mûrir (elle ne publie qu’en 1963) ?

Mais, selon Luc Ferry, Hannah Arendt est censée avoir commis une seconde erreur. Sa principale « bévue » serait que « son interprétation est toute bouclée d’avance. Elle a décidé depuis belle lurette (…) de plaquer mécaniquement les schémas de pensée de son maître et amant Heiddeger sur l’essence du nazisme ».

Penser est le propre de l’Homme (en principe)

Traduction des accusations de Luc Ferry : Hannah Arendt est une femme, incapable de penser de façon autonome ; elle est toujours sous la coupe de son (ancien) amant, alors âgé de 72 ans en 1961. Pourtant, elle vit aux Etats-Unis ; lui en Allemagne. « Quant à la position de Hannah Arendt par rapport à l’engagement de Heiddeger face au nazisme, écrit la philosophe belge Françoise Collin dans Les Cahiers du GRIF en 1988, (…) elle témoigne au contraire d’une grande fermeté et d’un grand courage de ses opinions lorsque (…) elle dénonce l’aveuglément de celui-ci »

Mais Luc Ferry en a décidé autrement : la thèse d’Hannah Arendt sur la banalité du mal, « pour apparemment sophistiquée qu’elle soit, ne tient pas la route ». Tout n’est qu’une « colossale méprise d’une intellectuelle piégée par des abstractions ».

Nous retiendrons deux choses : lire (ou relire) Eichmann à Jérusalem ; aller voir (ou revoir) au cinéma Hannah Arendt de Margarethe Von Trotta. Pour les plus zélés, il est possible de lire La Destruction des Juifs d’Europe (Gallimard, coll. « Folio/Histoire », 2006, 3 vol.). Hannah Arendt mentionnait cet ouvrage dans sa bibliographie de Eichmann à Jérusalem ! On peut aussi s’intéresser aux chercheurs en psychologie sociale, contemporains d’Hannah Arendt et qui apportent un éclairage complémentaire : Stanley Milgram (1933-1984) et sa « soumission à l’autorité » (expérimentation réalisée de 1960 à 1963), ou encore Philip Zimbardo (né en 1933) et son « expérience de Stanford » (1971) ; sans oublier la mésaventure du professeur Ron Jones (né en 1941) et sa « Troisième Vague » de 1967…

L'Igas et Le Figaro "fusillent" l'Institut Pasteur (06/05/2013)

Le vendredi 3 mai 2013, Le Figaro publie ce que l’on appelle un « scoop » : « Un rapport met en cause la gestion de l’Institut Pasteur. L’Inspection générale des affaires sociales (Igas) dénonce des artifices comptables. La directrice générale conteste ces conclusions ». L’information est reprise en boucle par les radios et télévisions d’information, également sur des sites Internet d’information.

Auditeurs, téléspectateurs ou lecteurs, tous retiennent, dans un contexte sans fin d’« affaires », que l’Institut Pasteur va allonger la liste, en l’occurrence que l’argent des donateurs n’est pas utilisé comme il devrait l’être, pire qu’il doit y avoir non seulement des problèmes de gouvernance, de gestion, mais aussi des problèmes de détournement de fonds à l’Institut Pasteur. Bref, il ne manque que les détails sur les poursuites judiciaires, mais qui ne vont sûrement pas manquer de suivre…

On oublie la toute première question que tout citoyen devrait se poser : comment Le Figaro a-t-il pu disposer de l’information, apparemment en exclusivité, avant même que l’Igas ne rende public son rapport ? La « fuite » vient-elle de l’Igas, ou bien alors de l’Institut Pasteur ?

Les journalistes, d’une façon générale, n’aiment pas « se faire griller ». Dans son édition des 4 et 5 mai 2013, Ouest-France consacre seulement une soixantaine de lignes, sur deux colonnes, à l’« affaire » (« La gestion de l’Institut Pasteur critiquée »). Libération, seulement un écho d’une dizaine de lignes. Aujourd’hui en France ou La Croix ignorent le rapport de l’Igas. Le Monde, dans son édition des 5 et 6 mai, revient tardivement sur le dossier (« La gestion financière de l’Institut Pasteur étrillée par un rapport de l’Igas »). Environ quatre-vingt-dix lignes à l’« accusation » pour quinze lignes accordées à l’Institut Pasteur : Le Monde a choisi son camp.

Trois tomes et plus de 400 pages

Pour comprendre ce dossier, il faut savoir que l’Igas a fait scrupuleusement son travail : elle est intervenue « au titre de l’article 42 de la loi du 28 mai 1996 pour contrôler la gestion par l’Institut Pasteur des ressources collectées auprès du public et des subventions reçues par la fondation » (synthèse du rapport). Le contrôle a porté sur les exercices 2009, 2010 et 2011. Au final, un rapport en trois tomes, respectivement de 111 pages (rapport définitif), 176 pages (annexes) et de 123 pages (réponses de l’Institut Pasteur et observations de l’Igas). Bref, un peu plus de 400 pages, dans lesquelles sont noyées les réponses de l’Institut Pasteur.

Nous avons vu que l’article du Figaro a eu un effet dévastateur – même s’il est très bien construit car contradictoire (la directrice générale de l’Institut Pasteur étant elle-même interviewée).

Le problème est suffisamment grave pour que l’Institut Pasteur mette en ligne une réponse sur son site Internet. Le titre et les intertitres se veulent des réactions au contenu du rapport de l’Igas : « L’Institut Pasteur conteste vivement le rapport de l’Igas »… Il « est transparent dans l’appel à la générosité publique »… Il « a une gestion prudente lui garantissant la pérennité nécessaire à l’accomplissement de ses missions de recherche »… « Les statuts de l’Institut Pasteur ont été approuvés par arrêt du ministre de l’Intérieur du 21 novembre 2008 sur avis favorable du Conseil d’État »…

Deux ministres manifestement embarrassées…

L’Igas est un service interministériel… ce qui ne constitue aucunement une garantie contre l’excès de zèle ! Toujours est-il que ce même 3 mai 2013, le ministère des Affaires sociales et de la Santé et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche diffusent un communiqué de presse commun, non pas pour critiquer les méthodes de leur Inspection générale (tout de même pas !), mais pour minimiser les enjeux consécutifs à ses « découvertes ». On apprend tout d’abord que c’est la ministre des Affaires sociales et de la Santé qui a demandé la mise en ligne immédiate, dès le 3 mai, du rapport complet sur le site de l’Igas.

Les deux ministres rappellent que les conclusions de l’Igas ne portent pas sur l’activité scientifique de l’Institut Pasteur, mais plutôt sur l’interprétation et l’application par celui-ci des règles comptables et fiscales applicables aux fondations, ainsi que sur la traçabilité des dons, sur les statuts et la gouvernance qui « s’éloignent sur certains points des dispositions-types recommandées pour les fondations reconnues d’utilité publique ». Mais si elles sont « recommandées », c’est qu’elles ne sont pas obligatoires ?

Sans entrer dans le détail du communiqué de presse des deux ministres, retenons la conclusion : « Elles tiennent à exprimer leur confiance dans l’excellence de la recherche menée par l’Institut et ses missions dans le monde par le biais du réseau international des instituts Pasteur, ainsi que dans la capacité de la gouvernance à assurer la qualité de ses relations avec les donateurs et avec ses partenaires scientifiques ».

Si les problèmes étaient si graves que cela à l’Institut Pasteur, les deux ministres prendraient-elles le risque de le soutenir ? Fallait-il vraiment un rapport de 400 pages pour en arriver-là ? Le Figaro et les autres médias qui se sont précipités sur l’« affaire » pourront-ils jamais réparer le tort commis auprès de l’Institut Pasteur ?

Les "si" de CSA pour repositionner Nicolas Sarkozy (02/05/2013)

Voilà le sondage le plus stupide de l’année : un sondage CSA pour BFMTV intitulé : « Les Français et François Hollande ». Techniquement, il s’agit d’un sondage par Internet réalisé du 26 au 28 avril 2013 auprès d’un échantillon national représentatif de 1 027 personnes âgées de 18 ans ou plus, constitué selon la méthode des quotas.

Le fait même que ce sondage a été réalisé par CSA et qu’il concerne François Hollande prête à suspicion. L’institut CSA, c’est le groupe Bolloré (à 100 %), donc Vincent Bolloré, le même qui, en 2007, met son jet privé et son yacht personnel à la disposition de Nicolas Sarkozy tout juste élu président de la République.

Nous considérons ce sondage stupide car la première question prend pour hypothèse que le premier tour de l’élection présidentielle a lieu « dimanche prochain » et les personnes interrogées ont alors le choix entre les dix candidats du premier tour du 22 avril 2012.

C’est stupide car en avril 2013, on ne peut pas refaire l’histoire. François Hollande est bien le président de la République, démocratiquement élu, et ce jusqu’en 2017. Bien évidemment, les résultats du sondage CSA sont défavorables à François Hollande (19 % des voix, derrière Nicolas Sarkozy avec 34 % et Marine Le Pen avec 23 %). Mais quels auraient été les scores si Nicolas Sarkozy était resté un an de plus à l’Elysée ? Les scores seraient-ils aujourd’hui très différents de ceux du 22 avril 2012 (François Hollande 29 % ; Nicolas Sarkozy 27 % ; Marine Le Pen 18 %) ?

Notons que si l’échantillon comprenait 1 027 personnes, l’institut CSA n’a retenu, pour les intentions de vote, que les électeurs inscrits sur les listes électorales, soit 993 personnes. On sait, par ailleurs, que 16 % n’ont pas exprimé d’intention de vote. Autrement dit, le sondage porte sur un échantillon de seulement 834 personnes. L’institut CSA reconnaît une marge d’erreur de +/- 2,5 points, ce qui laisse ainsi une incertitude sur le candidat (Marine Le Pen ou François Hollande) qui serait au second tour avec Nicolas Sarkozy… De fait, quand on annonce 23 % pour Marine Le Pen, ce peut être tout aussi bien 20,5 %, et quand on annonce 19 % pour François Hollande, ce peut être tout aussi bien 21,5 % !

L’institut CSA sonde son échantillon sur un hypothétique duel, au second tour, entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen d’une part, François Hollande d’autre part, mais ne juge pas utile d’explorer une confrontation entre François Hollande et Marine Le Pen, et pourtant, l’hypothèse aurait été tout aussi plausible si Nicolas Sarkozy avait vu son mandat prolongé d’une année…

Astillé et Courbeveille dans Laval Agglomération ? Un dossier mal engagé à Ouest-France (29/04/2013)

On ne parle pas tous les jours d’Astillé dans Ouest-France. Est-ce pour cela que le quotidien, dans son édition du 25 avril 2013, publie, sous « Astillé », un article sur quatre colonnes signé par un journaliste (« Laval agglo : Astillé et Courbeveille au point mort ») ? Pour quelles raisons publier cet article sous « Astillé », alors qu’il concerne les vingt communes de Laval Agglomération et les quarante-trois communes du Sud-Ouest Mayennais ?

À la lecture de cet article, on reste sur sa faim. Tout d’abord, le « silence » de Jean-Christophe Boyer surprend. « Le président de Laval Agglomération (…) n’a pas donné suite à nos sollicitations » : c’est ainsi que l’auteur de l’article, Mikaël Pichard, conclut son article. Auparavant, il écrit que Jean-Christophe Boyer se serait refusé d’inscrire la question de l’intégration d’Astillé et Courbeveille à l’ordre du jour du conseil communautaire : « se serait refusé », ou « s’est refusé » ? Le lecteur préfèrerait des faits avérés à des faits hypothétiques… Par ailleurs, il y a cette « étude menée en bonne et due forme, avec les deniers publics, par un cabinet spécialisé ». Or, écrit Ouest-France, « les élus ne savent pas ce qu’il est advenu de cette étude »… Ou ne veulent pas savoir, tout comme la presse locale qui n’a manifestement plus le temps de se livrer à du journalisme d’investigation. Car, enfin, si cette étude existe, on doit pouvoir savoir qui l’a réalisée, à quel coût, et on doit pouvoir la consulter…

Coucou ! V’là le MoDem 53…

Dans Ouest-France des 27 et 28 avril 2013, l’affaire prend des tournures inattendues. Toujours sous « Astillé » ( !), sur trois colonnes cette fois-ci, le quotidien publie la réaction de Jean-Pierre Fouquet, président du MoDem 53. Qu’est-ce qui a poussé Ouest-France a donné une telle place au président du MoDem 53, lequel n’apporte aucune information nouvelle, mais, par contre, se positionne avec des propos quasi diffamatoires, et donc également la publication qui relate ses propos. En effet, Jean-Pierre Fouquet (et donc Ouest-France) évoque un « abus de pouvoir du président de Laval Agglo » (certes, avec un point d’interrogation) et un « comportement autocratique du maire de Laval ». Jean-Pierre Fouquet conseille à Jean-Christophe Boyer de « faire preuve de diplomatie, de loyauté et de respect des autres ». Il termine en considérant que « Guillaume Garot a commis une sacrée erreur de casting ».

Pendant ce temps-là, comme nous l’apprend le Haut Anjou dans son édition du 26 avril 2013, le projet de fusion des trois communautés de communes dans le Sud-Ouest Mayennais est en train de s’enliser…

Le débat n’est pas occulté à Laval Agglomération

Lors du conseil communautaire du 12 novembre 2012 (Ouest-France y a-t-il assisté ?), François Zocchetto a évoqué le souhait des communes d’Astillé et Courbeveille de rejoindre Laval Agglomération. Jean-Christophe Boyer avait apporté une réponse très claire qui n’avait appelé aucun commentaire. En l’occurrence, un arrêté préfectoral du 9 décembre 2011 établit un Schéma départemental de coopération intercommunale et cette demande de rattachement des deux communes n’y est pas, alors, retenue. Jean-Christophe Boyer précise que la demande des deux communes n’était effective qu’en cas de création d’une seule communauté de communes dans le Sud-Ouest Mayennais. « Pour l’instant, avait précisé le président de Laval Agglomération, cette fusion n’est pas actée. Il n’y a pas encore lieu de débattre officiellement de ces demandes puisque l’étape n° 1 qui était la condition de la demande de rattachement à Laval Agglomération n’est pas terminée. Ensuite, il y aura expression ou pas d’un vœu, confirmé ou pas, de ces communes de nous rejoindre et dans ces cas-là, nous reviendrons vers le conseil communautaire. Pour l’instant, nous laissons le processus enclenché par la préfète et par l’État aller à son terme »

Le conseil communautaire avait eu à se prononcer sur le projet de schéma lors de sa réunion du 20 juin 2011. Yannick Borde avait évoqué la question d’Astillé et de Courbeveille, mais cette perspective ne figurait pas dans le texte sur lequel les élus devaient se prononcer. À l’époque, la question posée était plus celle d’une « perspective » de fusion, à terme, avec la communauté de communes du Pays de Loiron. Ce 20 juin 2011, les conseillers communautaires de Laval Agglomération ont voté le projet de schéma à l’unanimité, avec quelques réserves mais qui n’avaient strictement rien à voir avec Astillé et Courbeveille. Dans tous les cas, le schéma actuel ne prévoit aucun élargissement de Laval Agglomération, et cela correspond à la délibération prise par le conseil communautaire.

Les années passent… Les archives restent… Toutes ces informations, on les trouve sur le site Internet de Laval Agglomération.

Pendant trois ans et demi (1996-1999), le taux de chômage en France a dépassé les 10,6 % (29/04/2013)

« Un nombre record de chômeurs en France » (Ouest-France) ; « Sinistre record » (Libération) ; La France n’a jamais compté autant de chômeurs » (Le Figaro) ; « L’Europe submergée par la déferlante du chômage (Les Échos)… La presse quotidienne du 26 avril 2013 tape fort à la une. La Croix, tout de même, préfère accrocher ses lecteurs avec des chômeurs qui se font entrepreneurs en Espagne. Quant à Aujourd’hui en France, avec les plans sociaux et le chômage record, il se met « dans la tête d’un DRH ».

Le chômage est humainement dramatique quand il est subi. Il reste maintenant à analyser lucidement les données statistiques disponibles. Nous disposons de deux sources : l’Insee avec l’enquête Emploi (chômage au sens du Bureau international du travail) et Pôle emploi (demandeurs d’emploi répartis en cinq catégories). Ceux qui ne seraient pas familiarisés à ces données peuvent consulter notre article : « Il y a 2,8 millions de chômeurs en France… Non ! 4,3 millions de demandeurs d’emploi », La Lettre du CÉAS n° 287 de novembre 2012.

Si l’on opte pour l’enquête Emploi de l’Insee, les dernières données disponibles sont celles au quatrième trimestre 2012. Le taux de chômage s’établit alors à 10,6 % de la population active en France (y compris DOM).

Avec la source Pôle emploi et ses demandeurs d’emploi, le précédent record remonterait à 1997. Avec l’enquête Emploi de l’Insee, la France a connu un taux supérieur à 10,6 % du premier trimestre 1996 au deuxième trimestre 1999. Le taux a même atteint 11,2 % en 1997. Nous sommes alors sous le gouvernement Alain Juppé (1996-1997), auquel succède Lionel Jospin en 1997.

En 1997, la France comptait environ 25,5 millions d’actifs âgés de 15 à 64 ans, dont, par conséquent, près de 2,9 millions de chômeurs. Ils dépasseront sûrement les 3 millions en 2012 (les données ne sont pas encore disponibles), mais la population active, dans le même temps, aura augmenté probablement de 3,5 millions d’actifs, occupés ou chômeurs, ce qui relativise forcément la progression actuelle du chômage. La Croix l’a très bien compris : « La situation de 1997 était toutefois plus dégradée en termes relatifs, puisque la population en âge de travailler était moins nombreuse »Libération développe la même analyse. Le Figaro semble ne pas juger nécessaire de revenir sur ces questions historiques.

Le Courrier de la Mayenne dévoile son patrimoine (23/04/2013)

« Aujourd’hui, lit-on dans Wikipédia à l’article sur “Le Courrier de la Mayenne” (22 avril 2013), on ne peut plus vraiment situer politiquement Le Courrier de la Mayenne ». Voilà qui montre les limites d’une encyclopédie participative telle que Wikipédia.

L’édition de l’hebdomadaire du 18 avril 2013 rappelle la tradition éditorialiste du Courrier de la Mayenne. La page 2 est réservée à de l’information nationale et internationale – a priori un peu boudée par le lectorat qui s’intéresse plus à l’actualité locale.

Dans cette édition du 18 avril 2013, Loïk de Guébriant, président directeur général d’Édit-Ouest et directeur de la publication, signe un article en page 2, intitulé « Vous avez dit violence ? » L’encadré en rouge – privilège du patron – fait qu’on ne peut pas rater l’article. Plus surprenant, voilà Loïk de Guébriant qui se sent à l’étroit dans sa page 2 et il signe un second article, toujours encadré de rouge, en page 3 : « “Sauvageons” ».

Que retenir ? Concernant les manifestations contre le mariage pour tous, « pas une vitre cassée, pas une voiture brûlée, pas un gendarme ou un policier agressé »« Où est la violence, s’interroge Loïk de Guébriant, si ce n’est dans cette loi (…) pour le bon plaisir de quelques-uns ? »

Le directeur de la publication, pour faire le lien avec son second article, néglige de souligner combien ces manifestations ont rendu service à la société en révélant au grand public l’existence en France de groupes d’extrême droite, de groupes identitaires…

Page 3, c’est Christiane Taubira, arrivée au ministère de la Justice en mai 2012, qui devient responsable de tous ces jeunes mineurs « qui sèment le trouble dans le centre-ville de Laval ». La garde des sceaux « renoue avec le discours anti-répressif (…). C’est une faute qui a coûté cher à Lionel Jospin en 2002 ! » C’est curieux, d’habitude, on met en avant la multiplicité des candidatures à gauche (dont celle de… Christiane Taubira !). Les analystes politiques évoquent aussi le matraquage médiatique sur l’insécurité et la délinquance orchestré durant les mois qui ont précédé l’élection. Loïk de Guébriant prépare-t-il déjà 2017 ?

L'art de fâcher son patron et de discréditer son outil de travail (23/04/2013)

Le Monde, dans son édition du 11 avril 2013, a offert à ses lecteurs une « plaisanterie » qui le discrédite. On attend d’un quotidien un minimum de distance par rapport aux faits de société. La fonction d’un journal comme Le Monde est d’informer ses lecteurs dans la plus stricte neutralité, de leur donner des clés de lecture pour les aider à mieux comprendre leur environnement – pas de servir telle ou telle idéologie.

Dès lors, comment Le Monde a-t-il bien pu publier une pleine page de « publicité » pour « La Manif Pour Tous » ? Cette page est censée s’adresser aux sénateurs, mais personne ne sera dupe : on ne finance pas une pleine page de « publicité » pour seulement 348 parlementaires.

« La majorité des Français est opposée à l’adoption pour tous, assure Le Monde (enfin, la page de « publicité » !), à la PMA (procréation médicalement assistée) et à la GPA (gestation pour autrui, ou mère porteuse) pour tous ». Et puis on lit ce que les Français auraient compris et ce qu’ils sauraient… Mais, bien entendu, aucune source n’est communiquée.

Faut-il que la situation économique du Monde soit critique pour accepter l’argent de « La Manif Pour Tous » ? Mais n’y aurait-il pas, à travers la publication de cette page, un acte protestataire, un règlement de comptes qui viserait l’un des actionnaires, Pierre Bergé, militant notoire de la cause homosexuelle ? Le coup serait bas, mais pourrait coûter cher à ceux qui, à la rédaction, ont laissé passer cette provocation. On se doute que Pierre Bergé n’a pas dû apprécier.

Association familiale d’aide à domicile (Afad) : ce n’est pas ma faute, c’est la leur ! (22/04/2013)

Ouest-France, dans son édition du 16 avril 2013, annonce la liquidation judiciaire de l’Association familiale d’aide à domicile (Afad) prononcée par le Tribunal de grande instance de Laval. Soulignons, au passage, la « brutalité » du titre de l’article : « Aide à domicile : l’Afad 53 va être liquidée ».

L’auteur de l’article, Jean-Loïc Guérin, prend un risque en interviewant uniquement Christian Thirault, le président de l’association, pour expliquer le processus qui a conduit à ce que Ouest-France appelle une « dégringolade ».

Pour le président, c’est d’abord la faute à une directrice qui « a traversé une période difficile » et qui « ne pouvait plus diriger l’association »… Que cette ancienne directrice en pense-t-elle elle-même ? Mais c’est aussi la faute au Conseil général qui n’a pas suffisamment reconnu le tarif horaire des activités… Qu’en pensent Jean Arthuis et ses services ?

On pourrait aussi accuser la politique gouvernementale mise en œuvre depuis une dizaine d’années sous l’impulsion du ministre Jean-Louis Borloo et qui a abouti à une totale dérégulation du secteur d’activité.

Au demeurant, dans un département où les services à la personne ont toujours fait l’objet d’une observation fine – du moins jusqu’à ces dernières années –, les difficultés aujourd’hui de l’Afad ne peuvent guère surprendre.

L’intervention du pompier est souvent tardive. L’incendie couvait depuis très longtemps. Mais qui administre une association, sinon son Conseil d’administration ? Manifestement, à l’Afad, il n’a pas rempli sa fonction. Administrateurs, et président en tout premier lieu, doivent assumer leur part de responsabilités, sans d’abord renvoyer la faute à d’autres. C’est oublier un peu vite, sinon, que l’association n’a pas su mettre en œuvre les préconisations d’un consultant extérieur pour la relance de l’activité ; qu’elle n’a pas su créer le cadre adéquat à un réel rapprochement que ce soit avec Aid’ à dom ou bien avec l’ADMR.

La démagogie "sondagière" ! (09/04/2013)

Les 4 et 5 avril 2013, l’Ifop a réalisé un sondage par téléphone pour Le Journal du Dimanche. L’hebdomadaire publie les résultats dans son édition du 7 avril 2013. À la question : « Après l’affaire Cahuzac, seriez-vous favorable ou pas favorable à un remaniement prochain du gouvernement ? », on retient que 60 % des Français y sont favorables. Une grande partie des médias reprend cette « information » qui va donc s’imposer comme une nécessité pour les citoyens.

Premier enseignement : au regard des chiffres publiés (60 % favorables et 40 % pas favorables) et à défaut d’autres informations, on conclut que toutes les personnes appelées au téléphone se sont exprimées. Toutes ont eu un avis sur la question ! Pas un seul refus ?

Deuxième enseignement : les instituts de sondage ont du savoir-faire. Ils produisent les résultats qu’attend celui qui passe commande et paie la facture. Le Journal du Dimanche, pour ceux qui l’ignoreraient, est édité par Hachette Filipacchi, filiale de Lagardère Active… Arnaud Lagardère, vous connaissez ?

Démarrer une question par : « Après l’affaire Cahuzac », c’est évidemment la garantie de plomber les chiffres dans le sens d’un remaniement. L’honnêteté aurait voulu qu’on pose, par exemple, la question suivante : « Le Premier ministre aurait la possibilité de procéder maintenant à un remaniement ministériel. Vous y êtes : tout à fait favorable ; plutôt favorable ; plutôt pas favorable ; pas du tout favorable ; sans opinion ? » Et bien sûr, au téléphone, avec une intonation de voix la plus neutre possible, sans insister sur telle ou telle proposition. Qu’en a-t-il été dans le cas du sondage de l’Ifop ?

Par ailleurs, la question même du sondage de l’Ifop induit la réponse (« remaniement prochain du gouvernement »). Il aurait donc été plus rigoureux d’effectuer une approche globale. Par exemple : « Suite à l’affaire Cahuzac, quelle mesure à prendre vous apparaît la plus nécessaire ? » :
Ο Une loi pour obliger les personnalités politiques à déclarer leur patrimoine.
Ο Un remaniement ministériel (en conservant le même Premier ministre).
Ο La démission de Premier ministre et la constitution d’un nouveau gouvernement.
Ο Une dissolution de l’Assemblée nationale et de nouvelles élections législatives.

Ο Sans opinion.

Faisons le pari ! Plus de 80 % des Français auraient retenu le vote d’une loi de moralisation de la vie politique, non seulement parce que l’item est placé en premier et qu’en règle générale on n’aime pas trop le changement, mais parce que la conception du questionnaire et l’élaboration de la question amèneraient tout naturellement à une toute autre conclusion. Mais on en aurait moins parlé ! Et moins parlé du Journal du Dimanche qui a forcément le souci du retour sur investissement.

La violence n'est pas qu'une affaire de barres et de battes (08/04/2013)

Dans Dimanche Ouest-France du 7 avril 2013, Mikaël Pichard signe un article en page « Faits divers » évoquant les « vives tensions à la fête foraine de Laval ». Battes de base-ball contre barres de fer... Ce sont les forains qui ont eu le dernier mot, relate Mikaël Pichard, contre « une trentaine de jeunes gens, sans doute du quartier sensible des Pommeraies ».

Tout cela s’est déroulé « en début de soirée ». Le journaliste a-t-il dû rédiger rapidement son « papier » ? Le « sans doute », de fait, est malheureux. Ou l’information est avérée et, dans ce cas, le « sans doute » est inutile ; ou elle n’est pas vérifiée et on pourrait peut-être éviter d’alimenter la rumeur…

Le qualificatif « sensible » attribué au quartier des Pommeraies nous apparaît tout aussi malheureux. Que faut-il entendre par « quartier sensible » ? On suppose que le qualificatif est stigmatisant pour le quartier. Ses habitants le méritent-ils ?